Interview Xabi Molia - Février 2012
Bertrand/ 8 fois debout est un duo où les deux personnages se croisent, tous les deux paumés, d'entretiens en entretiens, de galères en galères, ce film est le reflet de notre société, où les “puissants” dominent les autres et où les plus pauvres n'en finissent plus de galérer. Voyez vous ce film comme un film politique, militant ?
Xabi Molia/ Un film est toujours politique, qu’on le veuille ou non. Bien sûr, je me méfie des films à thèse, dans lesquels il y a souvent plus de « vouloir-dire » que de cinéma. Si on veut lutter contre les inégalités dans le monde, pas sûr que le meilleur moyen d’y parvenir soit de prendre sa caméra. Mais je n’exclus pas pour autant, même si le terme fait un peu froid dans le dos, l’idée d’un film « militant » : s’efforcer de rendre visible quelque chose qui nous concerne tous, c’est militer à sa façon. Militer pour une image plutôt qu’une autre, militer pour faire exister un regard, pour une forme.
Pour un premier film vous avez pu vous entourer d'acteurs de grande classe, comment s'est passé la rencontre avec Denis Podalydes et Julie Gayet, ont-ils été vite convaincu par cette histoire humaine et sociale ? Ont-ils participé à la création de leurs personnages respectifs ?
Julie Gayet, je l’avais rencontrée sur un court-métrage que nous avions fait ensemble, et qui a été le point de départ de ce film. Le long-métrage, je l’ai écrit pour elle, à partir d’elle, et elle m’a aidé à préciser certains dialogues, à travailler en amont sur le rythme du film, en permutant certaines séquences, par exemple. Son investissement était total. Denis est arrivé un peu plus tard sur le projet, mais j’ai ajusté le scénario en fonction de lui, à partir de ce que je devinais de lui. Les acteurs recréent toujours leurs personnages, parce qu’ils se les approprient. Ce peut être accidentel ou délibéré, le fruit de discussions sur le plateau ou d’une trouvaille subite. Mais j’aime qu’ils me dépossèdent.
Le film fait penser aux frères Dardenne, ceux ci sont-ils une source d'inspiration ? Ou avez vous d'autres modèles ?
Oui, Rosetta m’a bien sûr inspiré. C’est un film très marquant, très fort, qu’on parle de la précarité ou pas. Je pense qu’il a compté pour beaucoup de spectateurs. Mais je n’ai pas la même sensibilité que les frères Dardenne, je ne marche pas du tout dans la même direction. Le court-métrage que nous avions fait avec Julie essayait de leur ressembler. C’était une erreur. La fantaisie que nous portons en nous, nous avons voulu qu’elle entre dans 8 fois debout. C’est donc un film assez peu « dardennien », au bout du compte.
Dans le film 8 fois debout, la forêt et la nature sont des éléments importants pour les deux personnages, Julie Gayet comme Denis Podalydes sortent de la ville pour entrer dans la forêt, quel sens vouliez vous donner à ce retour à la nature ?
Ce « retour » est d’abord une réalité sociale. De nombreuses personnes vivent aujourd’hui dans des forêts autour de Paris. C’est en un sens le lieu de la relégation ultime, de l’ « ensauvagement ». Mais c’est aussi, pour certains d’entre eux, une retraite, une zone de repli. Ils vivent à l’écart du regard des autres. À l’écart de la honte, peut-être. Dans le film, la forêt est donc un lieu paradoxal : Elsa s’y perd, mais elle s’y apaise, aussi.

Il nous semble en tant que spectateur que la solution commune aux deux personnages serait d'avancer ensemble, de s'entraider, quel est votre position sur ce sujet ? N'avez vous pas l'impression que la société nous entraine vers toujours plus d'individualisme, de “solitude”, loin de l'idée de l'entraide et de la solidarité ? Que pouvons nous faire pour remédier à cela ?
Il y a dans le film un personnage qui dit qu’on veut nous faire croire que nous ne préoccupons pas les uns des autres, mais que c’est faux. Elle dit en revanche : « On est séparés, on nous a séparés. » L’individualisme est une tendance lourde aujourd’hui, mais peu d’entre nous veulent vraiment être seuls. Et peu d’entre nous sont vraiment insensibles au désespoir des autres. Alors je crois qu’il reste et qu’il restera une place pour du collectif. J’espère simplement qu’il sera de plus en plus fort et que d’autres que moi, plus courageux, plus radicaux, feront la révolution.
Le film est littéraire dans plusieurs points de vue, il est construit sous la forme de chapitres, quel a été le but de cette idée ? Avez vous une méthode différente entre l'écriture d'un livre et celle d'un scénario, sont ils très différents dés le départ ?
L’idée du chapitrage est venue assez tard dans l’élaboration du film. Mais je me méfie du « littéraire ». Un scénario, c’est fondamentalement un objet décevant, incomplet, en attente de cinéma pour se révéler pleinement. Et quand ce n’est pas le cas, je deviens méfiant. Un scénario brillant, ça risque de donner un film sans vie. Je suis venu au cinéma parce que j’y trouvais des possibilités d’expression qui n’existent pas ailleurs. Sans lui, certaines histoires ne pourraient tout simplement pas être racontées. À la limite, j’aurais aimé prendre un autre nom pour faire des films. Parce que c’est complètement différent, et que ça ne m’intéresse pas du tout de construire quelque chose de cohérent, avec des échos entre les films et les livres.
De quel genre de films êtes vous fan en tant que spectateur ?
Quand on aime le cinéma, on aime un peu tous les cinémas. Mes passions vont de Keaton à Kiarostami, en passant par Howard Hawks et Kurosawa. En ce moment, je suis fasciné par les films de super-héros, pleins de trouvailles visuelles, et j’ai beaucoup d’admiration pour le cinéma minimaliste de Kelly Reichardt. Wendy and Lucy, ça m’a bouleversé.
Enseignant en cinéma, quelle est votre spécialité ? Quels conseils donnez vous à vos étudiants lorsqu'ils souhaitent travailler dans le cinéma ?
J’enseigne l’histoire du cinéma, l’analyse de film et l’écriture de scénario à l’Université de Poitiers. Ça m’aide beaucoup, de donner des cours, ça me maintient en état d’alerte, et j’y suis très attaché. Aux étudiants qui veulent faire du cinéma, je conseille avant tout… de se lever tôt et d’être enthousiastes. À ceux qui veulent réaliser, d’avoir de vrais bonnes histoires à nous proposer, et donc de ne pas hésiter à faire appel à des scénaristes qui savent écrire des dialogues et structurer un récit si ce n’est pas leur fort.

Avez vous longtemps désiré réaliser un film, cette envie était-elle présente avant l'envie d'écrire des livres ou bien sont elles complémentaires ? Pour ce film 8 fois debout aviez vous une importante équipe technique, le budget était-il important ?
Je ne sais pas très bien quand est-ce que j’ai eu envie de faire un film. J’ai commencé par écrire des scénarios, vers 17-18 ans, et progressivement je me suis dit que ça ne me suffisait pas, que les idées de mise en scène que j’avais eues en écrivant, il fallait que je m’y confronte.
Sur 8 fois debout, oui, nous étions très nombreux. Enfin, de mon point de vue : entre trente et quarante. Et pas une seule personne en trop, pourtant. Le budget était en dessous de 2 millions d’euros, ce qui classe le film dans la catégorie des petites productions. À quelqu’un d’extérieur, la somme peut malgré tout paraître énorme, et pourtant… Aujourd’hui, il faut une organisation quasi-militaire et des efforts financiers de tous pour fabriquer un film avec aussi peu d’argent.
Publier des romans était ce un premier palier avant le cinéma ?
Non. Ce sont deux activités complètement différentes. Je suis revenu au roman après le film et je continue d’avoir besoin des deux aujourd’hui. Si je devais vivre sans l’un ou sans l’autre, je ne sais pas comment je ferais. Je n’y arriverais pas.
Vous avez remporté trois fois le Prix du Jeune Écrivain francophone, que vous a apporté ces deux prix au début de votre carrière d'écrivain ?
Ce Prix m’a aidé à prendre conscience des exigences de la publication. C’était pour moi un rendez-vous régulier : chaque année, j’envoyais une ou deux nouvelles. Cela me donnait un objectif concret et raisonnable. Pour commencer, pour entrer peu à peu dans la discipline que demande une vie d’écriture, c’était parfait. Vraiment, ça a été une expérience décisive pour moi.
Avez vous dans le projet d'adapter au cinéma un de vos romans ?
Non, je n’aimerais pas du tout faire ça. D’abord, j’aurais l’impression de me répéter. Ensuite, de transporter une histoire faite pour la littérature dans un langage qui ne lui conviendra pas.
En plus de la littérature et du cinéma avez vous d'autres passions, d'autres centres d’intérêts ?
Oui. Je marche. J’écoute les gens dans les cafés. Je cuisine (pas spécialement bien, d’ailleurs, mais j’aime ça). Depuis quelques mois, j’essayais de décrocher du football, pour lequel j’ai une passion vraiment dévorante, mais Arte m’a proposé de faire un documentaire sur un club de banlieue, alors je vais replonger.
Dans le roman Supplément aux mondes inhabités, on retrouve un thème central, lié à celui du film, l'emploi, la capacité à trouver un emploi épanouissant qui nous rende heureux... Est ce un thème récurrent d'autres vos autres livres ?
C’est sans doute parce que je n’ai jamais travaillé dans une entreprise que j’éprouve une certaine fascination pour ce monde-là. Il faut dire aussi que l’éloge sans nuance de la « valeur travail », au cours des années 2000, m’a semblé d’une grande hypocrisie. L’idée qu’on s’épanouit au travail, que le travail donne un sens à notre vie, elle vient de gens qui n’ont bien souvent aucune idée de ce que sont la plupart des emplois qu’on vous propose (ou alors ils font semblant de ne pas savoir, ce qui est pire encore). L’épanouissement par le télémarketing… franchement ? Je n’en étais pas conscient sur le moment, mais j’ai sûrement fait pas de mal de choses sur le monde du travail en réaction à ce discours-là.
Les chapitres du livre Supplément aux mondes inhabités sont très surprenants, ils sont décroissant, comme un compte à rebours, comme si le lecteur allait droit vers l'explosion, comment expliquez vous ce jeu avec le nombre des chapitres ? Quel sens leur donnez vous ?
Souvent, une contrainte formelle permet de donner corps à un récit, de trouver le point d’entrée. L’histoire de Victor était celle d’une implacable dérive. Le principe du compte à rebours s’est imposé très vite.
D'ailleurs à la fin du livre les chapitres perdent un peu leur cohérence, ils s’entremêlent. Est ce pour déstabiliser le lecteur ? De jouer avec lui, vu qu'il s'attendait à une certaine logique...
Victor sombre dans la confusion. Le récit lui-même en porte donc la trace.
Que pensez vous de la situation du cinéma français, à l'heure où l'état souhaite plafonner l'aide à la création du CNC ?
Je crois que nous vivons un âge d’or au niveau de la créativité, mais je ne sais pas si beaucoup de gens s’en rendent compte. Tous les clichés sur le cinéma français, dépressif, ennuyeux, nombriliste… ça n’a jamais été aussi faux. Chaque année, il y a entre cinq et dix films français vraiment exceptionnels : on pensera peut-être que c’est peu, compte tenu du nombre de films produits. Mais, à l’échelle de notre histoire, c’est beaucoup. J’appartiens en plus à une génération très douée, des filles surtout : Rebecca Zlotowksi (Belle Épine), Céline Sciamma (Tomboy), Mia Hansen-Love (Tout est pardonné), j’aime beaucoup leur cinéma. C’est très enthousiasmant d’être entouré par leurs films, beaux, maîtrisés, inspirés.
Quelle est la place pour les jeunes auteurs dans la littérature française ?
Ce n’est pas terrible, franchement. On accorde un peu trop de place aux phraseurs faussement canailles, qui font un ou deux romans sur la jeunesse désenchantée, avant de s’apercevoir qu’ils n’ont plus rien à dire (ou bien c’est le public qui s’en aperçoit pour eux) et de se recycler en chroniqueur ou en communicant. Il y a vraiment un « type » du jeune écrivain en France, avec des attentes très particulières. Et pour ce type, il y a un public, des colonnes dans les journaux… La plupart du temps, je n’y fais pas attention, j’écris, je travaille et c’est tout. Mais parfois, je dois reconnaître que ça me consterne, et j’ai vraiment hâte d’être vieux. Quoique, le type du vieil écrivain français, un peu libertin, un peu réac, il est assez sinistre aussi. En fait, j’aurais voulu être danois.
Avez vous d'autres projets en cours, des nouveaux livres, ou un film, ou autre chose ? Pouvez vous nous en parler ?
Je tourne mon deuxième film de fiction cet été, Les Conquérants, avec Denis Podalydès, Mathieu Demy et des poneys volants. Et je viens de boucler un recueil de poèmes sur Nicolas Sarkozy. J’y travaille depuis 2007. Ça s’appelle Grandeur de S et ça sort début mars. Il était temps que ça s’arrête.
Les enfants de la Terre. Tome 2 : La Vallée des Chevaux - Jean M Auel
Passé la surprise et l'émerveillement suscités par Ayla, la jeune étrangère aux cheveux blonds qu'ils ont recueillie, les hommes du "clan de l'ours" ont pris peur de ses dons extraordinaires. Parce qu'elle prétend chasser comme les hommes, parce qu'elle sait rire et pleurer, éprouve des sentiments inconnus d'eux, parce qu'elle voudrait garder son enfant pour elle seule enfin, Ayla sera maudite et exilée.
"Pars à la recherche de ton peuple, lui a dit Iza la guérisseuse. Va vers le nord, retrouve ton clan et un compagnon."
Un long voyage solitaire commence, au bout duquel Ayla rencontre deux jeunes gens insouciants et aventureux. L'un d'eux est Jondalar. Comme elle, il est blond et ses yeux sont bleus.
Ce deuxième tome m'a plutôt déçu.
"passé la surprise et l'émerveillement" qu'on avait ressenti à la lecture du premier tome Le Clan de l'Ours des Cavernes, cette fois ci la magie prend moins. L'auteure a besoin de trop se répéter pour faire remonter les souvenirs de ses lecteurs (qui n'ont peut-être pas lu le livre avec aussi peu de temps d'attente que moi), et du coup les répétitions me gênaient, le livre devenait du coup trop lent. Pas assez d'action...
Ayla a du fuir son Clan, rejetée par le chef Broud, elle erre sans raison dans ce monde dangeureux. Elle va, seule, apprendre de nouvelles techniques de chasse, ou pour allumer le feu. Elle va croiser de nombreux animaux, pour les manger, ou les soigner ou les "adopter". Ayla est toujours autant attirante mais on veut que le livre avance pour qu'elle rencontre son compagnon.
Le compagnon, on le suit en alternance, chapitre par chapitre, il s'appelle Jondalar, blond, les yeux bleux, cet homme est un faiseur d'outils et un faiseur de femme. Ce qui signifie que dans sa Caverne il initie les femmes au Plaisir. Il est accompagné par son frère Thonolan, qui va rencontrer une femme, et les deux frères vont avoir des projets plus sédentaires jusqu'à ce que le destin les conduise à nouveau sur la route, en direction de la grande mer.
Le livre se concentre donc sur ces deux portraits croisés Ayla - Jondalar, on attend le moment où il vont enfin se rencontrer. On attend cela plus de 400 pages... Un peu long... On attend aussi l'initiation au Plaisir pour Ayla (jusqu'à la 640è page...) ! L'auteure Jean M Auel a su nous faire attendre, cette fin du livre est terriblement séduisante.
Jusqu'alors Jean M Auel nous a raconté de sa plume alerte et vive la vie de ces communautés qui nous semble si loin et qui pourtant commencent à agir de plus en plus comme nous. Le dressage des chevaux, les vêtements plus ressemblants, les croyances, les actes sexuels moins bestiaux...
Ayla va se heurter à Jondalar, leurs deux vies et leurs cultures sont diamétralement opposées. Ayla élevé par un Clan de "têtes plates", Néandertalien, tandis que Jondalar est "Cro-Magnon", qui plus tard deviendra l'homme d'aujourd'hui. Le peuple de Jondalar méprise l'autre, qu'ils considèrent comme des animaux. Lorsque Ayla avec toutes ses connaissances va se confier à Jondalar, il devra remettre en question beaucoup de ses principes. C'est une histoire d'amour qu'on lit, et on s'en rend compte très vite.
De l'émotion, mais un peu trop de longueur dans ce livre. J'attendrai encore un peu avant de repartir à l'âge du feu...
Interview Alexis Aubenque - Janvier 2012
Alexis Aubenque, auteur français de polar et de science fiction, sort en ce moment son nouveau roman Charité bien ordonnée.
Découvrez son interview :
Bertrand/ De Libraire à Auteur, quel a été le déclic, si il y a en eu un, pour que vous décidiez de passer de l'autre coté ? Ou bien avez vous toujours écrit, et proposé vos manuscrits ?
Alexis Aubenque/ En fait, j’ai commencé à écrire à l’âge de 24 ans, durant mon service militaire, juste après mes études. J’étais en manque de lecture, et par simple bravade, je me suis amusé sur l’ordinateur de l’armée à taper une histoire, et à mon grand étonnement j’ai écrit un roman ! Après celui-ci, j’en ai écrit quatre autres avant de monter à Paris, et c’est par hasard et par chance que j’ai eu le poste de libraire à la Fnac Saint-Lazare, qui m’a bien aidé pour rencontrer les éditeurs par la suite 
Si vous avez proposé des manuscrits, et qu'ils ont été refusés dans le passé, avez vous modifié quelque chose dans votre style, ou dans vos histoires, pour qu'ils soient cette fois ci acceptés ?
Oui, et j’ajouterai que même depuis que je suis édité, j’essaye de faire de mieux en mieux. Mais c’est vrai qu’il y a un monde entre mes premiers écrits non publiés, et ce que je peux faire à présent. Ne serait-ce que sur le côté technique de narration et de construction d’un récit. En science-fiction, j’étais le roi du Grand N’importe Quoi ( dit le GNQ) , j’adorais ça (Robert Howard, Edgar R. Burroughs, étant pour moi les grands maitres du Grand N’importe Quoi !), mais depuis que je suis en polar, je me suis astreint à une rigueur bien plus conséquente.
Comment se passe la relation d'un auteur avec son éditeur, vous conseille t-il, souhaite t-il modifier certains passages avec votre accord ? Pour un lecteur cette relation entre auteur et éditeur paraît mystérieuse, pouvez vous nous expliquer un peu comment cela se passe ?
En fait, c’est une question d’alchimie, et il est clair que je ne pourrai jamais travailler avec quelqu’un qui n’aime pas mon travail. L’auteur a besoin de se sentir épaulé, soutenu. Le travail d’écriture est tellement épuisant qu’il est bon d’avoir le soutien de son éditeur.
Pour parler du délicat travail des corrections, un bon éditeur sait toujours vous amener à vous remettre en question sans vous blesser, ni vous rabaisser, il doit savoir tirer le meilleur de vous-même, et les auteurs ne demandent que ça. C’est un vrai travail qui doit se faire en totale confiance et sérénité. J’ai toujours accepté les critiques de mes éditeurs, à partir du moment qu’elles m’étaient expliquées avec intelligence et pédagogie.


La trilogie River Falls
Quel est votre regard (en tant que libraire et auteur) sur la production littéraire française au niveau du roman noir, du thriller, du polar ? Beaucoup d'auteurs dans ce milieu, ne ressentez vous pas qu'il puisse y avoir un risque d'overdose, que la quantité n’entraîne pas forcément la qualité ?
En tant qu’ancien libraire, il est clair qu’il y a une surproduction qui est nuisible à l’ensemble des auteurs car, il n’y a pas assez de place pour les mettre tous en avant dans les librairies et surtout on n’a pas le temps de les lire tous, et de fait on passe très certainement à côté de nombreux petits bijoux.
Mais de l’autre côté, en tant qu’auteur, il serait aberrant d’interdire à des écrivains en herbe de tenter leur chance, et de les censurer sous prétexte qu’il y a déjà trop de monde dans la place.
Tout romancier doit avoir selon moi , la chance d’avoir un jour son livre face au public.
La question de savoir : « si la quantité va au dépend de la qualité », n’aurait de sens si l’on parlait d’un seul auteur qui écrirait dix livres dans l’année, mais chaque auteur écrit son livre indépendamment des autres et le travaillera de la même façon, qu’il y ait mille ou dix millions d’autres auteurs à ses côtés, en plus Simenon écrivait ses livres en une semaine et pourtant il me semble que la pléiade n’a pas fait sa fine bouche 
Quels sont vos auteurs préférés, quel genre de livres aimez vous lire ?
Mes auteurs préférés sont : Franck Herbert et Dan Simmons pour la science fiction, et James Ellroy pour le polar.
Les genres que je préfère étant de fait la science fiction et le polar, étonnant non ?
Avez vous une routine en matière d'écriture, êtes vous plutôt du matin ou du soir ? Travaillez vous dans le silence ou avec de la musique ?
Je travaille surtout le soir, et toujours en musique (musique de film, ou musique instrumental).




Pour écrire votre trilogie sur River Falls, qui est un lieu inventé si je ne me trompe pas, avez vous souvent voyagé en Amérique du Nord pour vous familiariser avec la psychologie des personnages ? Des techniques d'investigation ? De la géographie des lieux ? Ou faites vous vos recherches directement par internet ?
Malheureusement, je n’ai pas les moyens pour passer du temps aux USA, et j’ai donc du passer des heures sur google pour apprendre tout un tas de truc sur les USA. Quant à la psychologie des personnages, les américains sont des occidentaux judéo-chrétiens, et de fait très proche de nous, et je pars du principe qu’ils ont peu ou prou les mêmes schéma mentaux, un peu plus accentués par leur dévotion religieuse et leur patriotisme plus poussée que chez nous les européens. (Il suffit de voir la campagne américaine pour s’en rendre compte en ce moment).
Pourquoi de nombreux auteurs, français ou britanniques, utilisent, selon vous, les Etats Unis comme le cadre de leurs romans ? Ne pouvez pas faire les mêmes histoires en France ? Qu'est ce qui vous attire dans ce pays ?
Pour moi, c’est avant tout l’exotisme, les Etats-Unis et leurs grands espaces me font rêver, alors que la France me déprime.
Cela dit, si l’on regarde la production des auteurs français, plus des trois quart au moins se passent en France. Donc ce n’est qu’une petite minorité qui écrit des polars qui se passent aux USA.
Quant aux britanniques, pour eux, c’est juste pour être publiés sur le marché américain. Les américains ne lisent que des livres qui se passent chez, le mot « traduction » n’a aucun sens chez eux ! (Allez dans une librairie aux USA, vous serez surpris par la petitesse du rayon livre d’auteurs étrangers).
Y a t il une demande spécifique des éditeurs ou des lecteurs pour une littérature de plus en plus noire ? La télévision et les séries américaines poussent-elles les auteurs à plus de noirceur ? Aller vers toujours plus de surenchère au niveau de la violence ?
Pour ma part, mon premier thriller n’était pas très violent, du moins de mon point de vue, et à chaque roman je m’en éloigne, et pour le coup « Charité bien ordonnée » n’a presque plus une goute de sang. En plus, je ne suis pas d’accord avec vous, les dernières séries télé à la mode, NCIS, Bones, Mentalist, Castle, sont bien plus légères que leurs ainés.
En même temps, il est vrai que le Noir reste une référence dans le milieu du polar, et c’est vrai que les éditeurs sont fascinés par le sordide, mais ça je n’ai jamais compris pourquoi, il faudrait les interroger sur un divan peut-être !

Avez vous eu des contacts avec le monde du cinéma pour une adaptation d'un de vos romans ? Seriez vous intéressé par une collaboration au scénario ou laisseriez vous cela aux scénaristes ?
J’ai des contacts avec des producteurs, mais il y a un monde entre avoir des contacts et faire une série télé. J’en rêve, et j’adorerais travailler sur des scénarii, mais bon, c’est un autre métier et chaque chose en son temps.
Quel est votre principale source d'inspiration ? Utilisez vous des faits divers dans des journaux ?
Mon inspiration est simplement mon imaginaire qui est le fruit de la digestion des milliers de livres que j’ai lu.
Je n’utilise pas à proprement parlé les faits divers des journaux, mais depuis trois romans, je me sers de sujets de sociétés pour élaborer mes histoire : homophobie, intolérance religieuse, ultralibéralisme contre altermondialiste, ainsi que mères porteuses et adoption pour le prochain Logan.
Certains auteurs ne veulent pas entendre parler de série, d'autres comme vous notamment utilisent les mêmes personnages pour des romans successifs ? Trouvez vous que cela permet d'avoir plus de profondeur dans la psychologie des personnages ? Ne craignez vous pas de devoir vous répéter souvent pour le lecteur qui ne connaît pas la série mais ce qui gênerait le lecteur fidèle ? Quel est le juste milieu à trouver ?
Avez vous d'autres projets à River Falls ?
Chaque auteur voit midi à sa porte, et je serais bien prétentieux de porter un jugement sur mes collègues, mais pour ma part, je suis dans ce qu’il me semble être le juste milieu, c'est-à-dire qu’un côté je suis des personnages récurrents qui évoluent au fil de l’histoire et en même temps je rajoute de nouveaux héros pour ne pas me lasser et avoir l’impression d’écrire toujours la meme chose.
Et effectivement, une suite est prévue à River Falls, cela sera très certainement après le troisième volume des Nuits Noires à Seattle, Logan devra revenir dans cette ville pour mettre un terme aux agissement d’un psychopathe redoutable…, mais bon celui-ci il est prévu pour 2014 !
Quels sont vos conseils lecture du moment, en tant que passionné de livres ?


Pour cette rentrée, j'ai deux coup de cœur, « L’apparence de la chair » de Gilles Caillot, et « les Fantômes du Delta » d’Aurelien Molas que j’ai eu la chance de lire en avant première. En plus ce sont deux amis, mais avant de crier au copinage, sachez que je n’ai que des amis hyper-talentueux.
Aimez vous rencontrer les lecteurs lors des dédicaces ? Quels sont les questions qui reviennent le plus fréquemment de la part des lecteurs ?
J’adore ça, et les phrases qui reviennent le plus sont : je croyais que vous étiez américain ! Vous avez vécu longtemps là-bas ? Est-ce que vous écrirez un jour l’histoire du docteur Clevender (l’homme qui a essayé de tuer mon héroïne!), et la réponse est 2014 !
Quels conseils pourriez vous donner pour de jeunes auteurs qui souhaitent écrire des romans noirs ? Quels sont les risques à éviter ?
Il n’y a aucune méthode ou règle pour réussir un bon polar, il faut juste avoir ça en soit, ce désir de raconter une histoire.
Je n’aurais alors qu’un conseil : tenir bon contre vents et marées, de faire fi des jaloux et des aigris, n’écouter que les personnes solaire, et oublier les médisances. L’édition est un monde sans pitié ou les auteurs ne sont que des pions, et les éditeurs les joueurs.
Cela dit, ca vaut quand même le coup de tenter l’aventure car pour celui qui réussit à passer toutes les embûches, le plaisir est immense que de savoir que nos livres se trouvent dans les mains de milliers de personnes.
On se sent tout de suite moins seul...
Interview Nicolas Ferran - Janvier 2012

NICOLAS FERRAN EST LE REALISATEUR DU FILM LES AMOUREUX AU BAN PUBLIC
Relisez la critique de Cinecritick.
Vous rencontrez l'homme (ou la femme) de votre vie, vous décidez après quelques temps de vous marier. Vous déposez les bans à la mairie. Quelques jours ou semaines plus tard, la PAF sonne chez vous. (PAF Police aux Frontières)
On vous enlève votre futur époux(se) et on le conduit de force dans un fourgon.
Après un enfermement il sera renvoyé chez lui.
Ah oui, n'oublions pas de préciser, l'homme ou la femme de votre vie est né dans un pays Hors UE...
Ce qui signifie que l'amour, le vrai, ne peut en aucun cas exister.
Il ne peut être que question de mariage blanc ou de mariage gris*
Le film de Nicolas Ferran va permettre de découvrir cet abjecte situation, celle où l'état fouille la vie privée des gens, sous prétexte que l'un des deux époux est né ailleurs qu'en France. Une fouille systématique, les courriers, les sms, les mails, les appels téléphoniques... Ils inspectent les appartement, à la recherche de deux brosses à dents dans la salle de bains. Des interpellations mensongèrent où les agents de police se font passer pour des facteurs livrant un chronopost ou des colporteurs...
L'individu n'est plus libre. Privé de sa liberté d'aimer. Les français(e)s sont bafoués de leurs droits, considérés comme des idiots qui se laissent manipuler, considérés... ou plutôt... pas considérés du tout... On leur dit "vous n'avez pas réussi à trouver un français ? un vrai ? on n'est pas assez bien pour vous ?"
Les forces de l'ordre s'introduisent dans la vie des gens avec des questions indiscrètes. Les français sont interrogés plusieurs heures de suite, souvent, à répétition. Pris au piège de ce cycle infernal, la moindre erreur est fatale. "Quoi ? Vous ne vous souvenez plus du lieu de votre rencontre, du nom de cette papéterie où vous vous rendiez toutes les semaines ?" Le moindre faux pas entrainera une sanction immédiate...
Et un juge doit analyser l'authenticité du mariage.
Dans le meilleur des cas, où le mariage est reconnu, l'administration prend son temps pour délivrer l'acte de mariage, le visa, le titre de séjour. Plusieurs mois voire des années d'attente pour ces couples mixtes. Une attente qui favorise dans bien des cas la séparation des couples, avec l'éloignement... -car l'un des deux vit en France et l'autre, n'ayant pas droit de rester en France avec son époux(se)-. Ne pouvant vivre ensemble... loin des yeux loin du coeur...
Où l'on voit que l'Etat dans toute sa splendeur utilise des subterfuges pour empecher le mariage mixte. Le contraindre au maximum.
Ce film montre l'état affligeant dans lequel la société française s'est enfoncé. Une situation inacceptable où l'amour n'existe pas, est renié... Où il est forcément question d'abus, de mauvaises intentions...
Liberté Egalité Fraternité... que cela semble loin dans cette société.
*Mariage gris : le nouveau terme inventé par le gouvernement pour parler de mariage où un des deux époux n'est pas sincère et souhaite uniquement se marier pour obtenir les papiers, l'autre de son coté pense avoir trouvé le vrai amour.
INTERVIEW

Bertrand/ Quel est votre parcours personnel ?
Nicolas Ferran/ J'ai interrompu des études de droit et d'histoire en 1996 pour devenir objecteur de conscience* pendant deux ans au sein de la Cimade, une association de défense des droits des étrangers. J'ai par la suite repris des études et obtenu un doctorat en droit tout en continuant en parrallèle à travailler pour la Cimade. Depuis janvier 2011, je suis Responsable juridique à l'Observatoire international des prisons.
site internet de La Cimade cliquez sur le logo
Bertrand/ Pouvez vous nous parler du mouvement des Amoureux au ban public que vous avez créé en 2007 ?
Nicolas Ferran/ Les Amoureux au ban public sont nés en juin 2007 à Montpellier. J'étais alors salarié de la Cimade qui a accepté que je me consacre à plein temps à ce projet. Nous recevions dans nos permenances juridiques beaucoup de couples franco-étrangers qui rencontraient d'énormes difficultés pour se marier ou vivre réunis en France, qui subissaient de plein fouet des lois sur l'immigration et des pratiques administratives qui n'ont cessé de se durcir depuis une dizaine d'années (pour un bilan des politiques mis en oeuvre à l'égard des couples franco-étrangers, voir le rapport que nous avons publié en 2008 : cliquez ici).
Le projet des Amoureux au ban public n'était pas simplement d'organiser la défense des couples franco-étrangers par le biais de permanences juridiques spécialisées. Je souhaitais également, et peut être surtout, que ce mouvement devienne pour ces couples un lieu d'engagement politique, un espace de mobilisation collective pour la défense de leurs droits. En quelques mois, les Amoureux au ban public sont devenus un mouvement national, implanté dans une vingtaine de villes en France grâce au soutien apporté par la Cimade. Les collectifs locaux ont progressivement été pris en main par des couples franco-étrangers engagés dans la durée, et malgré la faiblesse de nos moyens financiers, le mouvement s'est stabilisé et s'est durablement inscrit dans le paysage associatif et militant français.
Les Amoureux au ban public assurent donc un travail de conseil et de défense juridiques auprès des couples qui les contactent et organisent des actions de mobilisation collectives dans certains dossiers (manifestations, pétitions, etc...). Ils mènent par ailleurs de nombreuses actions d'information et de sensibilisation auprès des médias, de l'opinion publique ou des responsables politiques.
Bertrand/ A quel moment vous êtes vous senti proche de ces personnes et avez vous eu envie de lancer ce mouvement ?
Nicolas Ferran/ Je ne pourrai pas dater ce moment précisément... Cela faisait un certain temps que j'y pensais. Non seulement car je recevais régulièrement des couples franco-étrangers dans les permenances de la cimade, mais aussi car il y avait un vrai déficit d'information et de mobilisation sur cette question... Bien sur, le fait de rencontrer ces couples, de devenir ami avec beaucoup d'entre eux a joué dans la création du mouvement. Mais ma démarche était avant tout politique et non « sentimentale ». Je voulais faire en sorte que les problèmes qu'ils rencontrent deviennent un sujet de débat public et qu'il disposent d'une structure leur permettant de se battre collectivement pour leurs droits. En outre, la question des couples franco-étrangers me paraissait très importante sur un plan plus général car elle permet de montrer très concrêtement que la politique d'immigration n'est pas dirigée que contre les étrangers mais aussi contre les Français(es) qui ont des liens familiaux ou sentimentaux avec des étrangers. En ce sens, les Amoureux au ban public sont donc au coeur d'une mobilisation qui décloisonne la critique des politiques d'immigration, qui montre que ces politiques s'attaquent à la société dans son ensemble.
Bertrand/ A quel moment avec vous eu l'idée de faire un film avec ces témoins ?
Nicolas Ferran/ L'idée de faire un film m'est venue dès les premières semaines d'existence des Amoureux au ban public même si je n'avais jamais fait ce type de travail auparavant et que je ne savais donc pas trop comment m'y prendre. Le film que je voulais alors faire était cependant différent de celui qui existe aujourd'hui. Mon projet initial était de faire un film sur le basculement de ces couples, qui pour la grande majorité n'avaient pas de passé militant, dans une mobilisation collective. Qu'est ce qui fait que des personnes victimes d'injustices décident de se réunir pour défendre leurs droits, comment s'engagent elles et comment vivent elles cet engagement, etc... Mais au bout de quelques semaines de tournage, et après avoir visionné les premiers rush, j'ai abandonné cette orientation car je me suis aperçu que j'étais tout le temps à l'image, que j'étais le personnage principal du film que j'étais en train de tourner en raison de ma place centrale dans l'animation du mouvement, l'accompagnement des collectifs naissants, l'oganisation des premières actions, etc... J'aivais l'impression de faire un film sur moi, et cela me dérangeait énormément !! J'ai donc choisi de me concentrer exclusivement sur le témoignage des couples et sur ce dont ils avaient spontanément et avant tout envie de parler, c'est-à-dire leur vécu des politiques actuelles de contrôle des mariages et d'immigration.
Bertrand/ Lorsqu'on voit le film on a un puissant malaise, on n'imaginait pas que la société française se conduisait ainsi, l'expression : "les hommes naissent libre et égaux" serait-elle devenue un mythe inaccessible ?
Nicolas Ferran/ C'est moins la société française que les politiques qui sont mises en place, et les discours qui les accompagnent et les justifient, qui maltraitent les couples franco-étrangers. Non pas que ces couples ne rencontrent pas en société des situations de racisme ou de discrimination biensur. Mais la violence institutionnelle et administrative qu'ils subissent est sans doute la plus destructrice. C'est en tout cas de cette seule violence dont traite le film. Quant au fait que « les hommes naissent libres et égaux », je ne crois pas que cette formule se soit un jour pleinement traduite dans les faits... disons qu'il y a des périodes où ces principes de liberté et d'égalité sont particulièrement malmenés...
Bertrand/ Que ressentez vous en lisant les mots "liberté égalité fraternité" sur le fronton des bâtiments administratifs lorsque vous accompagnez des couples mixtes en attente de jugement ?
Nicolas Ferran/ La liberté, l'égalité et la fraternité ne sont jamais acquises et ne sont avant tout que des mots auxquels il faut donner une consistance... C'est un combat de tous les jours, qui dépassent les situations individuelles, et mieux vaut pour cela être réunis et organisés...
Bertrand/ Pourquoi la société actuelle ne peut plus considérer qu'un mariage entre une personne étrangère et une personne française soit un mariage d'amour ?
Nicolas Ferran/ Si cette idée est répandue, c'est qu'elle est entretenue par les pouvoirs publics et par certains hommes politiques pour justifier les politiques répressives conduites, voire convaincre qu'il faut qu'elles soient plus répressives encore. Le mariage avec un(e) Français(e) ouvre des droits aux étrangers en matière d'entrée et de séjour en France. Or, depuis quelques années, le gouvernement affiche sans ambiguité son désir de réduire l'immigration qu'il appelle « subie », dans laquelle il a rangé l'immigration familiale. Mais expliquer clairement aux citoyens français qu'ils ne pourront pas se marier facilement avec un étranger, ou qu'ils ne pourront pas vivre avec lui en France est politiquement compliqué.... C'est donc là qu'on agite régulièrement le spectre des mariages « blancs » pour justifier le durcissement des lois. Ce durcissement, nous dit-on, ne serait pas la traduction d'une politique hostile aux couples franco-étrangers mais une nécessité pour lutter contre la fraude au mariage. Les droits des étrangers mariés à des français dans le domaine du séjour en France ou de la nationalité ont été considérablement restreints pour décourager la fraude... ça c'est le discours officiel. L'objectif en réalité poursuivi est de réduire le nombre de mariages et de titres de séjour délivrés aux étrangers conjoints de français.... Et au quotidien, ce sont l'ensemble des couples franco-étrangers qui subissent les effets dramatiques des politiques conduites. Pour finir, qu'entend on par mariage d'amour ? Qu'est ce que l'Amour ? Amour et intérêt sont ils inconciliables ? Comment contrôle t'on que des personnes s'aiment vraiment ? On rentre là dans quelque chose d'impalpable et de terriblement dangereux car ce contrôle ne peut être qu'empreint d'arbitraire...
Bertrand/ Pensez vous utiliser les élections de mai 2012 pour faire pression sur les candidats pour demander une amélioration de la condition des couples mixtes ?
Nicolas Ferran/ Les Amoureux au ban public vont interpeller tous les candidats pour leur demander de se positionner sur des revendications que nous avons définies pour améliorer la condition juridique des couples franco-étrangers et faire cesser le harcèlement administratif subi par un certain nombre d'entre eux... Cela dit, les promesses n'engagent que ceux qui les croient et nous savons que beaucoup de promesses peuvent être faîtes en période électorale... La sortie du film est pour nous un outil de sensibilisation des politiques, des médias et de l'opinion publique beaucoup plus efficace mais qui produira ses effets, s'il en produit, à plus long terme.
Bertrand/ Le film tourne dans toute la France, plusieurs collectifs le portent, quels sont les réactions ?
Nicolas Ferran/ Les réactions du public sont pour le moment très bonnes, je veux dire par là que le film suscite ce que j'espérai : des débats, de l'indignation, de l'émotion, des envies d'engagement dans le mouvement. Mais il n'y a eu jusqu'à présent qu'une dizaine de projections publiques et il est donc encore vraiment trop tôt pour savoir quel sera l'impact du film, l'ampleur du soutien qu'il pourrait susciter autour de la mobilisation des Amoureux au ban public, ses effets sur l'opinion publique et sur les discours politiques.... on verra dans quelques mois, et cela dépendra notamment du nombre de projections publiques que nous arriverons à organiser et des retombées médiatiques autour du film.
Bertrand/ Ce documentaire vous a t-il donné envie de continuer dans la réalisation ?
Nicolas Ferran/ Oui ! Mais... J'ai réalisé ce film dans un contexte très particulier et privilégié, qui n'est souvent pas celui d'un réalisateur « classique ». J'étais totalement immergé dans le mouvement des Amoureux au ban public pour l'avoir initié et animé pendant plusieurs années, les couples que j'ai filmé sont aussi des couples que j'ai défendus face à l'administration, accompagnés ou conseillés dans les moments difficiles, avec lequels j'avais souvent des liens d'amitiés. Le temps de la caméra n'était qu'un petit moment dans la relation que j'avais avec eux. Je n'ai donc pas fait intrusion dans leur vie pour faire le film et leur parole n'en a été que plus facile à obtenir... Est ce que je saurai faire un film, dans un contexte différent ? Rien n'est moins sûr... Et puis, la question du temps se pose également, mes nouvelles fonctions au sein de l'observatoire international des prisons étant très prenantes... L'envie est donc là, pour le reste l'avenir le dira...
Bertrand/ Avez vous reçu des offres de la part de chaines de télévision pour la diffusion plus large du film ?
Nicolas Ferran/ Non, pas encore... Mais des contacts ont été pris.
Bertrand/ Avez vous reçu le soutien de producteurs/distributeurs ?
Nicolas Ferran/ Non, mais je n'en ai pas vraiment cherché... Quand j'ai commencé à tourner, j'ai pris quelques contacts et les réponses ont été que le projet était intéressant mais qu'on ne pouvait pas me donner de réponse tout de suite, qu'il fallait que je remplisse des dossiers, etc... Or, je ne voulais pas attendre, j'avais « la matière » sous la main, je ne voulais rien perdre des opportunités de tournage qui se présentaient sans arrêt ! Le temps du film n'était pas celui des dossiers. J'ai donc très rapidement décidé d'autropoduire le film. Cela a été possible financièrement car j'ai bénéficié de la participation bénévole de plusieurs ami(e)s pour les prises de vue, le montage, le mixage, la musique, etc... J'en profite d'ailleurs pour les remercier à nouveau ici. Par la suite, je n'ai pas relancé ces contacts et je n'en ai pas cherché d'autres. Quelle était la situation de départ ? je suis un illustre inconnu dans le monde de la réalisation et mon film a sans doute les défauts de cette inexpérience. Les conditions de tournage et de prises de son n'ont pas toujours été excellentes … et je voulais maîtriser la réalisation et le montage en toute liberté... Autant dire que si un producteur avait été tout de même partant pour m'accompagner sur ce projet, il n'aurait pas forcément investi beaucoup d'argent, notamment pour le distribuer dans de nombreuses salles. J'ai donc décidé de miser, au moins dans un premier temps, sur le côté totalement indépendant du film et sensibiliser le réseau associatif pour m'aider à le faire exister, à le faire voir le plus largement possible. Et c'est ce qui est en train de se produire. Une vingtaine de projections sont déjà prévues dans plusieurs villes et beaucoup d'autres sont en cours de calage. Le fait de ne pas avoir de producteur me permet en outre de ne pas demander de droits de diffusions, ce qui facilite l'organisation de projections par le réseau associatif souvent en manque de moyens financiers. Et nous avons obtenu le soutien de certaines structures de diffusion, comme les cinémas Utopia qui vont projeter le film. Si ce dernier marche bien dans ce premier réseau, qu'il « aura fait ses preuves », la question d'une diffusion plus large, par un distributeur qui accepterait le film tel qu'il est, se reposera sans doute.
Bertrand/ En tant que citoyens que pouvons nous faire pour agir contre la situation que décrit votre film ?
Nicolas Ferran/ Il y a deux niveaux de réponse à cette question. La première, la plus prosaïque, est l'aide qui peut être apportée aux Amoureux au ban public pour les aider à poursuivre leur combat. Parler du mouvement et de sa mobilisation, s'engager en son sein, le soutenir financièrement, et biensûr acheter un DVD (qui peut être commandé sur le site du film : www.amoureuxauban.net/film) et le faire voir autour de soi ou en organisant une projection publique (pour cela écrire à amoureuxlefilm@gmail.com). Sinon, que peut-on faire en tant que citoyen pour faire cesser les atteintes aux droits des couples franco-étrangers, et plus largement pour s'opposer à la politique répressive dans le domaine de l'immigration, et plus largement aux orientations liberticides des politiques menées dans tous les domaines de la vie sociale ? Comme l'écrivait récemment Stéphane Hessel : Indignez vous ! Et je rajouterai Engagez-vous !
*Les objecteurs de conscience étaient des personnes qui refusaient de faire le service militaire
Merci à Nicolas Ferran pour avoir répondu à ces questions...
Le coeur d'une autre - Tatiana de Rosnay
Bruce, un quadragénaire divorcé, un peu ours, un rien misogyne, est sauvé in extremis par une greffe cardiaque. Après l’opération, sa personnalité, son comportement, ses goûts changent de façon surprenante. Il ignore encore que son nouveau coeur est celui d’une femme. Mais quand ce coeur s’emballe avec frénésie devant les tableaux d’un maître de la Renaissance italienne, Bruce veut comprendre. Qui était son donneur ? Quelle avait été sa vie ? Des palais austères de Toscane aux sommets laiteux des Grisons, Bruce mène l’enquête. Lorsqu’il découvrira la vérité, il ne sera plus jamais le même…
Tatiana de Rosnay (auteur de Elle s'appelait Sarah, Boomerand et Rose) nous embarque dans une histoire de coeur, une histoire d'amour. Mais pas seulement.
"J'avais les habitudes lugubres d'une vieille fille ; ces vieilles filles velues à bouillottes qui se parlent seules à voix basse, qui portent des chaussettes de laine pour dormir et leur Damart même quand il fait chaud. Rien de tragique, pourrait-on dire. Rien d'extraordinaire. Cependant - Hélas ! -, il s'avère que je suis un homme."
Une histoire d'homme qui changera sous l'impulsion des nouveaux batements de son coeur, un homme bourru, mysogine, terne qui va devenir subitement différent. Découvrant la peinture lors d'un voyage à Florence avec son fils, il ressentira une émotion toute particulière devant l'oeuvre de Paolo Uccelo, son coeur palpitera, l'essouflant...
A la poursuite de la découverte de son donneur qui lui a sauvé la vie, Bruce ira en Italie, puis en Suisse pour finir ce que son donneur avait commencé. Un peu de fantastique dans ce roman absolument envoutant.
Comme certains romans qui utilisent l'âme d'un livre pour faire revivre son auteur, ici c'est le coeur de Bruce, son nouveau coeur, qui servira de mémoire, qui sera la clé pour comprendre le passé.
C'est le premier roman de Tatiana de Rosnay que je lis et j'ai beaucoup aimé son style, une écriture fluide qui fait la part belle aux descriptions des sentiments, mais sans en faire trop. Ce roman qui est relativement court se lit vite, on est pris par cette histoire et amusé du changement d'un homme. Il y a de l'humour, de l'amour, du mystère...
Certains passages peuvent faire penser un peu à des cartes postales, on ne croit pas trop au réalisme de l'histoire, cela semble un peu trop surnaturel mais on se laisse embarquer.
Petit roman qui se consomme sans modération...
Victoria et les Staveney - Dorris Lessing
Victoria n'a jamais oublié sa rencontre, à l'âge de neuf ans, avec une riche famille blanche, les Staveney.
Ce souvenir entêtant la poussera, des années plus tard, à entamer une liaison avec leur fils, Thomas. De cette histoire naîtra Mary, petite fille à la peau claire et au sourire radieux. En adoration devant l'enfant, les Staveney proposent de l'accueillir chez eux de plus en plus souvent. Victoria, toute à la réalisation de la chance que représenterait une telle éducation pour sa fille, n'imagine pas quelles conséquences aura sa décision.
La grande dame des lettres anglaises revient sur ses thèmes de prédilection : le racisme, l'hypocrisie, l'ambition. Un regard sans concession et d'une incroyable modernité sur notre époque.
Ce petit roman retranscrit la vie de Victoria, jolie fille noire des quartiers malfammés de Londres, qui réussira grace à l'aide de ses proches à sortir de sa conditio,, à trouver des emplois dans des quartiers chics, jouant parfois sur son physique. Alors âgée de 19 ans, elle va retrouver Thomas, le fils Staveney chez qui elle avait passé une nuit lorsqu'elle avait 9 ans. Cette nuit l'aura marqué pour toujours, rêvant d'avoir son propre espace dans une maison qu'elle devait alors partager, avoir sa propre chambre... Elle ne comprenait pas avec ses yeux de petite fille comment une famille pouvait vivre dans une si grande maison alors qu'elle vivait dans un tout petit appartement avec sa tante.
La différence entre les blancs et les noirs dans la société anglaise, est très bien décrite par Doris Lessing, une grande auteure britannique. Dans ses livres elle combat souvent le racisme, avec des idées engagées elle réussit à nous faire vivre cette histoire qui se passe sur plus de 15 ans.
15 ans en 125 pages, il y a beaucoup d'ellypses, de raccourcis. L'auteure se concentre sur certains détails, sur certaines expériences qui auront marqué Victoria enfant, puis adolescente, avant qu'elle ne rencontre Thomas et que sa vie bascule à nouveau.
Les personnages évoluent, comme tout le monde au fil d'une vie, Edward le grand frère protecteur deviendra distant... Thomas le petit frère timide et réservé prendra de l'assurance et vivra une plus grande liberté.
Victoria et les Staveney est un film sur l'importance de naître "du bon coté", sur les injustices entre riches et pauvres. Un roman engagé qui ne laisse pas indifférent. Court mais intense, la vie de Victoria est vécue, elle ne pourra plus changer grand chose dorénavant, mais celle de sa fille, Mary pourra encore basculer. Elle pourra avoir droit à une chance, même si cela va l'ammener à affronter des combats plus durs encore que ceux de sa mère...
Remède Mordel - Harlan Coben
Après Sans un adieu, un nouveau collector publié en 1991 aux États-Unis, signé par un jeune Harlan Coben diabolique à souhait.
Une clinique new-yorkaise hautement sécurisée.
Un médecin qui se suicide.
Des patients sauvagement assassinés.
Coïncidences ? Complot ?
Et si l’annonce prochaine d’une extraordinaire découverte médicale avait déclenché cette vague meurtrière ?
Sara Lowell, jeune journaliste très en vue, mène l’enquête. Mais ses révélations pourraient bien faire d’elle la prochaine victime d’un mystérieux serial killer…
Guerre des lobbies pharmaceutiques, machination politique, pression des médias, mensonges… Au cœur d’un débat toujours aussi brûlant, un thriller angoissant et terriblement réaliste par celui qui allait devenir le maître de vos nuits blanches.
Deuxième roman écrit par Harlan Coben, que Belfond ressort, attention ne vous méprennez pas : Ceci n'est pas une nouveauté.
Cette fois ci nous entrons dans le milieu médical, un docteur se sent poursuivi, menacé de mort, ses recherches doivent être protégées.
Dans une chambre d'hôtel alors qu'il pensait avoir enfin trouvé un refuge, un homme l'aggresse, et le force à écrire une lettre de suicide. Quand son corps sera retrouvé en bas du 11ème étage, la lettre prouvera qu'il s'agit d'un suicide.
Dans le même temps, deux anciens patients meurent assassinés. Un crime homophobe savamment mis un scène ?
Mais les doutes vont assaillir ses amis, et si le fait qu'il soit à deux doigts de trouver un remède contre un de plus grands fléau de l'humanité l'ait conduit à sa perte ? (en 1991 cette maladie commençait tout juste à faire parler d'elle), ses amis, une journaliste Sara Lowell, un basketteur (oui encore un, comme dans tous les romans de Coben) et un jeune flic gay vont mener l'enquête.
Découvrir où loge le mal.
Derrière les mensonges et les menaces de l'apocalypse...
Ce roman est bien ficelé, l'enquête ne manque pas de souffle et se révèle seulement à la dernière page. Certes parfois un peu invraissemblable et des personnages en trop grand nombre qui déconcertent le lecteur, mais cela reste normal pour un jeune auteur (à l'époque) qui n'a pas encore l'expérience.
Harlan Coben est maintenant un auteur très important qui fait vendre beaucoup de livres. Il a réussi années après années à contourner son goût pour le basket au fil des romans, en faisant sa série sur Myron Bolitar il a pu parler de ça pendant toutes les pages. Son écriture pour moi a pris un nouveau souffle avec ses romans post 2000, avec Ne le dis à personne et les suivants.
Comme un grand joueur de basket a besoin de beaucoup d'entrainement, un auteur de polar doit lui aussi noircir de nombreuses pages avant d'arriver à son meilleur.
Son meilleur qui arrivera 10 ans après ce petit thriller, Remède Mortel, un livre à lire mais seulement après avoir lu les meilleurs Coben NE LE DIS A PERSONNE, SANS UN MOT...
Bonne lecture.
Les Fantômes de Belfast - Stuart Neville
Signé le 10 avril 1998, l’Accord de Paix pour l’Irlande du Nord a mis un terme à des années de guerre sanglante. En 2007, Belfast est une ville où se presse une foule d’étudiants et de jeunes cadres, et où ont fleuri bars branchés et boutiques de luxe. Pourtant, les anciennes haines n’ont pas disparu. Entre les anciens militants toujours attachés à leur cause, les activistes reconvertis en politiciens présentables et les gangsters qui prospèrent, le pays cherche son identité.
Gerry Fegan, lui, se débat avec ses démons personnels. Depuis qu’il est sorti de la prison de Maze, cet ex-tueur de l’IRA est devenu alcoolique. Il est hanté par les fantômes des douze personnes qu’il a délibérément assassinées et ne connaît plus le repos. Le seul moyen de se débarrasser de ces ombres qui assaillent sa conscience sera d’exécuter un par un les commanditaires des meurtres. Mais les nouveaux cadavres que laisse Gerry Fegan sur son passage menacent le précaire équilibre du processus de paix. Une chasse à l’homme commence sur fond de paranoïa et de duplicité, jusqu’à un final explosif.
Avec Les Fantômes de Belfast, Stuart Neville, révélation du roman noir irlandais, signe un thriller où dominent la tension et l’effroi, servi par une écriture tranchante. Il a su donner à son personnage principal un caractère ambigu et profondément tragique. Entre remords et désir de vengeance, Fegan, qui aspire à la rédemption, incarne les contradictions d’un territoire en quête d’identité, où le feu semble toujours couver.
« Ces ombres, elles lui étaient apparues pendant les dernières semaines de son séjour à la prison de Maze, il y avait un peu plus de sept ans. On venait de lui communiquer sa date de sortie et, ce jour-là, il avait la bouche sèche en ouvrant l’enveloppe cachetée qui contenait l’imprimé. A l’extérieur, les politiciens luttaient pour obtenir la libération de centaines d’hommes et de femmes comme lui qu’ils appelaient ‘’prisonniers politiques’’. Pas meurtriers, escrocs ou maîtres chanteurs, non… Ce n’étaient pas des criminels, mais seulement les victimes des circonstances. Quand Fegan avait terminé de lire la lettre et relevé les yeux, les Suiveurs le regardaient. »
Un nouvel auteur à découvrir, un style âpre et violent, les Fantômes de Belfast est un bon livre.
L'Irlande du Nord...
Ne vous laissez pas effrayer par cette idée de fantômes, on ne va pas tomber dans le surnaturel. Nous sommes dans le concret, dans le brut de décoffrage, dans la violence... Des activistes, des politiques, des agents doubles...
L'écriture est rapide, il y a un minimum de descriptions, pas de temps à perdre en lisant ce roman.
Les personnages créés par ce jeune auteur sont attachants, même sous leur violence. Ce sont des hommes de main. Leur monde parait loin du notre. Cette chasse à l'homme se passe en quelques jours. Gerry Fegan va en compagnie de ses fantômes au devant de la mort, il la porte en lui, il en est habité. La mort et Fegan ne font qu'un et la petite fille qu'il va rencontrer, la fille de Marie, qui va apporter de la douceur dans ce monde de brute, sera soumise à l'horreur.
Le roman est bon bien qu'il ne soit pas le meilleur que j'ai lu, comme me l'avait affirmé le libraire. Les 200 premières pages sont très bonnes, fascinante plongée dans cette violence entre les catholiques et les protestants qui même après l'Accord de Paix continue de régner. Le roman perd de sa nouveauté au fil des pages, les "fantômes" sont moins importants, on est maintenant habitué à leur présence. L'auteur a eu du mal à ne pas finir dans un bain de sang. Certains passages semblent un peu "too much" mais dans l'ensemble j'ai dévoré le livre et pris plaisir à retrouver les noms Irlandais, les Donegal, Bally... etc, peut-être avec moins de violence et plus de sentiments cela m'aurait plus convaincu.
Mais ces hommes là laissent ils leurs sentiments apparaitre ? Rien n'est moins sur.
Supplément aux mondes inhabités - Xabi Molia
"Les menteurs. Les gloutons du restaurant. Les gens qui te méprisent. Les indifférents. Les types trop pressés pour me dire bonjour. Hennebaut, jamais un regard quand il te serre la main, et la main si molle, si humide qu'on dirait un poisson tiède." Victor, levé avec retard, commença par avaler un café brûlant, puis ajouta à voix basse sur son magnétophone : "Les bavards. Les bavards impitoyables du téléphone, qui t'écrasent avec leur conversation Lacombe, Tissier, Plumien Xavier... Je sais quelles dépenses ils ont faites pour leurs femmes, et je connais l'itinéraire de leurs voyages à l'étranger, les études de leurs enfants, la voiture qu'ils n'auront pas les moyens de se payer cette année. Les ambitieux. Les loups-garous. Les pointilleux qui te surveillent. Et moi je les laisse contrôler, je me laisse faire. Les grandes bouches. Les fanfarons de merde. Les fouteurs de merde, les paresseux, les jaloux. Ceux qui se moquent de tout. Les types arrogants. Les types toujours froids, les vampires. Les types comme moi."
En deux cent neuf paragraphes classés par ordre décroissant, un homme sans histoire, lisse et secret, voit son existence partir à la dérive. Le monde de Victor vacille, fiction et réalité s'enchevêtrent, l'étrangeté aux autres et à soi-même se fait chaque jour plus étouffante. Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus qu'un seul geste possible.
Quel drôle de roman que ce livre de Xabi Molia, écrivain et réalisateur (de Huit fois debout)... Un livre qui déroute dés les premiers caractères imprimés sur le papier, des chiffres, allant à l'envers, comme un compte à rebours, une minuterie, jusqu'à l'explosion.
Le livre sent la tragédie.
Victor est seul, il vit dans son monde et dans son passé. Il cotoie des femmes mais reste ennivré par Marion, celle qui l'a aimé mais quitté. Marion, puis les autres. Celle qui passe toujours avant.
Xabi Molia a une écriture séche, précise, des phrases crues. Un écrivain du XXIè siècle, "de son époque". Mais une époque déformée dans ce livre. Il n'y a pas de temps. La chute des chapitres nous montre la chute de l'humanité, de l'humain. On voyage dans le passé, dans le présent, dans l'inconscient, dans les rêves de Victor. Les chapitres à la fin s'emmèlent, cette chronologie qui nous promettait un semblant de réalité, de concret, se dérobe sous nos pieds, sous nos yeux de lecteur saoulés par les mots et les actes décrits dans ce livre choc.
Le supplément aux mondes inhabités est un mélange de genre, on y croisera un exemplaire de Paris Match, quelques cafards, une journaliste documentaliste aux cheveux blonds, un chien compatissant, des objets sur le troittoir, laissés la comme à la veille de l'apocalypse. Des objets se déréglant comme par magie, sans raison, ni explication de l'auteur.
Le lecteur est perturbé souvent par la tournure des évènements. On est perdus, parfois agacés.
Le Supplément aux mondes inhabités (très beau titre par ailleurs) est un roman qui souffre parfois de son style. Trop surréel. Trop surnaturel. Pas assez concret selon moi. Il y a trop d'ellypses dans ce roman, on passe parfois du coq à l'âne d'une façon trop rapide. Le livre déçoie mais pourtant on ne peut pas le lacher, on ne peut pas abandonner sans savoir ce qu'il va nous faire subir au numéro 1 de son livre, à la fin.
Un roman surprenant. A emprunter dans une bibliothèque pour découvrir ce jeune auteur intrigant...
la Reine Soleil - Christian Jacq
Dans la Cité du Soleil brûlent les derniers feux du règne d'Akhénaton et de Néfertiti. L'Egypte est au bord du gouffre et s'inquiète : qui succèdera à ces souverains exceptionnels ? Les regards se tournent vers Akhésa, troisième fille du couple royale, à l'extraordinaire beauté, déterminée à poursuivre l'oeuvre de paix de son père. Tous les obstacles tombent devant sa volonté farouche et son sens inné du pouvoir : Akhésa a le profil d'une reine.
Elle montera sur le trône aux côtés d'un jeune homme follement amoureux, le célèbre Toutankhamon. La destinée de l'Empire égyptien est entre les mains de ces deux adolescents. Admirés mais isolés, sauront-ils préserver la destinée de l'Empire égyptien et braver le puissant général Horemhed, éminence grise du pouvoir qui rêve d'être Pharaon ?
Voici le premier roman que je lis de Christian Jacq, célèbre auteur contant l'histoire Egyptienne, des pharaons aux simples servants nubiens, l'histoire est envoutante.
En lisant on s'abreuve de cette culture, de ce pays magique, où les pharaons gouvernaient. Des Dieux Rois communiquant avec les dieux égyptiens, Amon, Aton, Ré, Horus et les autres...
Le livre se dévore. L'histoire est vécue à travers le regard et la détermination d'une fille de Pharaon, Akhesa. Fille d'Akhénaton, elle respècte son père et sa volonté de changer son pays en vouant un culte au nouveau Dieu Aton, le soleil. En faisant cela, associé à la reine Nefertiti, il va se mettre à dos les prophètes Thébains, ceux vénérant Amon et considérant Akhénaton comme un hérétique.
Le livre raconte la prise de pouvoir, et la vie de la future Reine Soleil, Akhésa, épouse du jeune roi Toutankhamon, amoureux fou de sa femme. L'histoire superbement contée par Christian Jacq va nous conduire des pyramides de Khéops à la Vallée des rois, où sont enterrés tous les pharaons. On découvrira les coutûmes égyptiennes, l'art de la momiphication et ses raisons, on appréciera mieux l'importante multitude de splendeurs que cette civilisation a laissé derrière elle.
L'écriture de Jacq entremèle les découvertes scientifiques avec une fiction parfois romancée, des amours de jeunes adolescents aux complots d'états, et à la conquête du pouvoir par certains, cela fait penser à l'écriture de Ken Follett. Un rythme intense et parfois violent, décrivant avec réalisme la vie en - 1300 av JC, à l'époque des grands pharaons.
Akhésa ou La Reine Soleil vous accompagnera longtemps, même après la fin de la lecture. Son mari, le jeune, fougueux et magnifique Toutankhamon aussi. Ce livre me donne envie d'en savoir plus sur eux, sur ce couple si jeune qui a gouverné le plus grand pays à l'époque.
LA REINE SOLEIL est un livre admirable. Superbement documenté, et les annexes à la fin du roman nous permettent de savoir ce que sont devenus certains des personnages.
Interview R.J Ellory - Décembre 2011
Essayons tous les mois (ou le plus souvent possible) d'avoir un auteur sur notre blog. Au lieu de parler toujours des livres, je vais essayer de proposer à des écrivains de leur poser quelques questions sur leur travail, leurs goûts et leurs passions.
Premier Interview celui de R J Ellory.
Auteur de romans policiers, Seul le silence, Les anonymes, Vendetta et (prévu pour mars) Les Anges de New York.

Bertrand : Vous êtes né au Royaume-Uni, mais nous ressentons en lisant vos livres que vous êtes un vrai Américain. Que trouvez vous dans des histoires basés aux Etats-Unis que vous ne pourriez pas trouver au Royaume-Uni ?
R.J ELLORY : Je pense, pour moi, que cela vient du grand éventail de problèmes, de sujets et de sous-culture que je peux rencontrer aux Etats-Unis. J'écris sur des choses qui m'intéressent, et aux Etats-Unis je peux traiter de la peine de mort, de la CIA, du FBI, de Hollywood, de la Mafia, des Kennedys, de Marylin Monroe, de cette grande variété de politique et de point de vue philosophique différents depuis la Nouvelle Angleterre jusqu'au Texas, de la Californie au Mississippi. Les Etats-Unis comptent 50 états et presque tous aussi grand que le Royaume-Uni, et ils ont tous leur propre identité individuelle. J'aime écrire sur une nation jeune mais qui a pourtant réussi à poser son empreinte sur toutes les choses que l'on fait dans le monde occidental.
Beaucoup de gens qui aimeraient un jour être publiés voudraient savoir si vous avez changé quelque chose dans votre façon d'écrire entre vos premiers romans écrits dans les années 80-90 (mais non publiés) et votre premier roman publié, pas encore traduit en français Candlemoth... Et quelles sont les raisons pour lesquelles vos livres n'ont pas été publiés plus tôt ?
Je n'ai pas changé grand chose pour être honnête. Je pense que j'étais un peu moins descriptif, peu plus succinct dans mon écriture. Mais, pour le dire plus simplement, j'ai commencé à écrire le genre de livres que j'avais envie de lire, en opposition au genre de livre que je pensais que les lecteurs voulaient lire. Quand je relis mes premiers romans, bien qu'ils nécessitent des modifications (tous les livres en nécessitent !), je pense que la façon d'écrire était bonne. J'étais juste en face de cet obstacle sans fin : les éditeurs britanniques et américains me disaient qu'ils ne ressentaient pas envisageable de pouvoir “vendre” un auteur britannique écrivant des romans basés aux Etats-Unis. En toute honnêteté les lecteurs n'en tiennent pas compte. Tout ce qui intéresse le lecteur, c'est une bonne histoire et c'est ce que je vais toujours rechercher.


Dans Vendetta, Les Anonymes, et Les Anges de New York, le lecteur peut découvrir plusieurs parties de l'Histoire Américaine à propos de la guerre, la drogue et l'argent. Pensez vous que le passé est la clé pour comprendre le présent et le futur ? Et en ce qui concerne les recherches que vous avez faites pour ces livres, ces « secrets », avez vous une équipe de recherches comme certains auteurs ou faites vous vos recherches tout seul ?
Selon moi la vérité à propos de l'Histoire c'est que toutes les leçons que l'on a besoin de connaître sont là, mais nous ne voulons pas les apprendre. Les gouvernements sont élus pour représenter les souhaits et les intentions des individus, mais lorsqu'ils sont au pouvoir ils travaillent dans le seul but de protéger leurs propres intérêts. On dit que la politique est un jeu pour ceux qui sont suffisamment intelligent pour la comprendre, et en même temps assez bêtes pour penser que c'est important. Les habitants de ce monde ne sont pas mauvais, fous, diaboliques, corrompus et destructeurs... pourtant l'humanité apparaît agir ainsi. Qu'est ce que cela nous dit ? Que ceux qui ont le pouvoir souhaitent garder les nations du monde en guerre les unes contre les autres. Il y a ceux qui incitent activement au terrorisme, à la barbarie des religions, et aux discriminations raciales, et nous – les humains – sommes tout simplement impuissant pour arrêter cela. C'est un triste bilan... mais je pense que les récentes révoltes et protestations tout autour du monde montrent bien que les gens sont fatigués de voter pour des politiciens qui ne servent que leurs propres intérêts.
En ce qui concerne les recherches, j'aime me documenter et je fais tout cela seul.
Trouvez vous les idées pour vos livres dans les journaux, sur internet, ou bien sont elles dans votre cerveau depuis longtemps ?
Les idées pour mes livres proviennent de la vie, des choses vues à la télévision, des romans, des journaux, des magazines qu'on lit, de conversations avec des amis et des inconnus, et de partout. Souvent j'ai une petite idée pour un livre et j'ai ensuite d'autres idées, et encore une autre. Toutes ces idées en deviennent une seule. J'ai beaucoup d'idées pour des romans et j'en laisse certaines de coté car elles ne sont pas suffisamment intéressantes. Je sais si une idée est suffisamment forte pour un livre car je suis encore en train d'y penser plusieurs semaines après l'avoir eu.
J'ai entendu dire que vous êtiez président de la « Crime Writer Association » au Royaume-Uni. Ressentez vous parfois de la concurrence avec d'autres écrivains de romans policiers comme PD James, Ian Rankin, ou d'autres ? Ou bien vous sentez vous en concurrence avec des auteurs américains ? Quel genre de relation avez vous avec les autres auteurs ?
Je suis actuellement Vice Président, et je serais Président l'année prochaine. Je ne ressens pas de concurrence avec d'autres auteurs. Je pense que les membres de la CWA se soutiennent mutuellement. Les écrivains de romans policiers ne sont pas considérés comme de vrais écrivains par la communauté littéraire dans son ensemble, ce qui nous permet de créer notre propre communauté. Un ami comparait les écrivains de romans policiers à « des fumeurs » du monde littéraire. Que nous devions aller dehors fumer et rester sous la pluie pendant que tout le monde restait à l'intérieur et profitait de la fête.
Lisez vous beaucoup de livres ? Quels sont vos auteurs préférés, vivants ou morts ?
J'ai lu toute ma vie bien sur. Je pense que tous les écrivains, qu'ils soient bons ou mauvais, étaient de grands lecteurs. J'aime Conan Doyle, Tolkien, Stephen King, Raymond Chandler, Truman Capote, Cormac McCarthy, Norman Mailer, Faulkner, Steinbeck, Hemingway, Carson McCullers, Annie Proulx, Daniel Woodrell, James M. Cain, Dashiell Hammett... et la liste ne s'arrête pas là. Il y en a tant à nommer.
J'ai le sentiment qu'il peut être difficile de lire d'autres romans d'écrivains quand on en est soit même un ? N'avez vous jamais eu le sentiment : « Mince... J'aurais du écrire cette histoire ? »
Je ne lis pas d'autres auteurs quand j'écris. Je lis quand je voyage. Je garde ces choses séparés. Et non je n'ai jamais eu la sensation, en lisant un livre, que j'aurai aimé l'avoir écrit. Je pense que tous les auteurs ont leurs propres histoires, et ils écrivent dans un style unique. Même si je trouvais une histoire que j'aurais tellement aimé, au point que j'espérais l'avoir écrite, je pense que si je l'avais fait, cela aurait été un livre très différent de toute façon.

The Whiskey Poets
Parlons un peu de musique. Vous jouez dans le groupe The Whiskey Poets, dont vous écrivez les paroles. Trouvez vous que la musique et les livres ont un lien ?
Oui, tout à fait. Je pense qu'il y a un rythme dans le langage comme dans la musique. Selon moi, la chose la plus importante dans la création artistique c'est la réaction émotionnelle et l'engagement que cela crée avec le lecteur, le spectateur, ou l'auditeur. Je pense qu'il y a une longueur d'onde esthétique et on répond à cette énergie de façon unique et précise. Je lis un livre et ressens quelque chose. Vous lisez le même livre et vous ressentez quelque chose de très différent. Vous réagissez à un certain type de musique, je réagis à un autre, c'est très personnel et unique. Je pense que c'est Hans Christian Andersen qui disait : « Quand les mots échouent, la musique dit tout. » Je dis souvent que la musique est ma religion et l'écriture ma philosophie. Ils travaillent ensemble pour se compléter l'un et l'autre.
Dans vos livres, nous pouvons « sentir » la musique, cela nous permet de ressentir une atmosphère. Ecrivez vous vos livres en écoutant de la musique, ou avez vous besoin d'autres sons ?
Non, je dois écrire dans le silence. Je ne peux pas écouter de musique en écrivant. Je dois apprécier le silence pour mieux me concentrer sur le rythme des mots. Parfois j'écris une phrase, ensuite je la lis et je sais si il y a une syllabe de trop. Je vais donc la réécrire pour en changer le rythme. Le son et la musique interfèreraient ce jugement et cette perception.
Quels sont vos groupes favoris ? Quel genre de musique aimez vous écouter ?
C'est une question impossible ! C'est comme me demander quel est mon livre, ma peinture, ou mon film favori ! J'ai des centaines de CDs, de cassettes et de vinyles. J'ai commencé à mettre mes CDs dans un Ipod. J'ai travaillé à cela, petit à petit, pendant six mois. J'ai maintenant plus de 9000 chansons sur mon Ipod et je suis encore loin d'en avoir terminé. J'aime le Blues, le rhythm and blues, le jazz, la musique country. J'aime Shostakovich et Iggy Pop, Suzanne Vega and les MC5, Rachmaninov et Sinatra, The Gun Club et Tony Bennett, The Cramps et Gershwin, The Allman Brothers, Muddy waters, Howlin’ Wolf, Hendrix, Joplin, The Doors… Vous saisissez l'idée ?
Habitant Birmingham, trouvez vous que la musique rock fasse partie de chaque anglais ?
Je n'en ai aucune idée ! Birmingham est en fait le berceau du heavy metal avec des groupes tels que Black Sabbath. Robert Plant des Led Zeppelin est aussi de la région. Je pense que la musique est partie intégrante de chaque personne sur la planète, mais je ne pense pas nécessairement que ceux de Birmingham aient une connexion spirituelle à la musique Rock.


Qu'est ce qui vous a donné la motivation d'essayer d'être à nouveau publié après plus de dix ans ? Est ce que c'est quelque chose que vous étiez fait pour faire, pour être heureux ?
Oui, je pense que c'était, et que c'est toujours, ma vocation. Qu'est ce qui m'a poussé à recommencer ? Tout simplement le 11 Septembre. Je pensais à tous ces gens qui partaient travailler ce matin là et qui ne sont jamais rentrés chez eux, à leurs rêves inachevés et leurs objectifs et toutes leurs choses qu'ils n'ont jamais accomplies. Un peu plus tard, j'ai lu une citation de Benjamin Disraeli qui disait : « Le succès dépend entièrement de la constance des objectifs. » et j'ai vraiment ressenti que je devais essayer à nouveau.
Combien de personnages que vous avez créé vivent encore à l'intérieur de votre tête ? Pensez vous qu'un jour vous pourrez les ramener à l'intérieur d'un roman pour une série ? N'est il pas trop difficile de laisser partir un personnage à la fin d'un livre ? Ne ressentez vous parfois que vous auriez pu faire plus ?
Non, je n'écrirai jamais une série, et je trouve cela très facile de laisser partir un de mes personnages une fois que le livre est terminé. Je suis toujours excité à l'idée de créer un nouvel ensemble de personnages, et c'est selon moi assez facile de dire « Adieu ».
Ecrivez vous vos livres avec une idée d'un acteur qui pourrait interpréter vos personnages ? Pensez vous que l'on aura un jour le plaisir de voir un film basé sur un de vos romans ? Peut-être Vendetta ? Ou Seul le silence ?
Je l'espère fortement ! J'ai écrit un scénario pour Seul le silence, le réalisateur Olivier Dahan me l'avait commandé. Je ne sais pas si le film sera tourné. Quand j'écrivais Vendetta j'imaginais toujours Andy Garcia dans le rôle d'Ernesto Perez. Maintenant je pense aussi à Javier Bardem. Dans Seul le silence, j'imaginais Julianne Moore dans le rôle de la mère de Joseph Vaughan, Mary. Parfois des lecteurs m'envoient leur liste préférée de casting et c'est toujours très amusant à voir. Les gens ont des idées très différentes et cela nous rappelle comment la lecture d'un livre est quelque chose de très personnel. Tout le monde interprète les personnages et l'histoire très différemment.
Musique, Livres, avez vous encore d'autres cordes à votre arc ?
J'espère bientôt écrire pour la télévision et je voudrais publier un livre de mes photographies. On verra !
Quels sont vos projets pour la nouvelle année 2012?
Probablement une série pour la télévision britannique et encore plus d'enregistrement et de concerts pour The Whiskey Poets. J'ai un nouveau livre qui sortira en mai « A Dark and Broken Heart » et je travaille sur un autre prévu pour 2013 qui s'intitulera « The Devil and The River ». Je serai également en tournée de promotion en France, je sais dés aujourd'hui que je serai à Paris, Lyon et Montpellier (fin mai 2012 - pour la Comédie du Livre) ainsi que d'autres lieux après la parution en France du livre « Les Anges de New York » en mars 2012.
Un grand merci à Mr Ellory pour cet entretien.
Un Automne à River Falls
En ce début d'automne, deux assassinats commis coup sur coup viennent troubler la tranquillité toute relative de River Falls, déjà ébranlée par un sordide fait divers quelques mois plus tôt. Le premier crime fait grand bruit : Robert Gordon, un avocat brillant, philanthrope à ses heures, est retrouvé électrocuté dans le Jacuzzi de sa luxueuse demeure, sur les hauteurs de la ville. Tout laisse penser que le meurtrier a voulu faire croire à un suicide, mais le subterfuge est grossier. Le même jour, le corps d'un SDF roué de coups et jeté dans la rivière arrive à la morgue, sans susciter beaucoup d'émoi. A priori, aucun lien entre les deux affaires. Le shérif Mike Logan, épaulé par sa compagne, la célèbre profileuse Jessica Hurley, va devoir élucider les meurtres. Commence alors une plongée inquiétante dans les noirceurs de l'âme humaine qui révélera des secrets dévastateurs.
Alexis Aubenque est un libraire qui est passé de l'autre coté, il a commencé à écrire des polars en 2008. 7 jours à River Falls est son premier roman. Il récidive avec Un Automne à River Falls, qui se passe plusieurs mois après le précédents, mais n'en est pas la suite directe.
Je n'ai pas lu le premier volet de cette trilogie (poursuivie par Un Noël à River Falls).
Je ne lirai pas le prochain.
On m'a conseillé de lire ce livre, qui a obtenu le Prix Polar en 2009 mais j'ai eu beaucoup de mal à me plonger dans cette histoire. Il y a beaucoup de personnages qui se cotoient, qui se rencontrent. On se trouve dans une petite ville de l'état de Washington près de Seattle, le shériff Logan, sa fiancée détective du FBI, une journaliste d'investigation méprisée, des clochards, des étudiants, des riches avocats, banquiers, financiers...
Trop de détails à se souvenir au début. Trop de questionnements, trop de : "qui est qui !"
L'intrigue à cause de la succession de personnages peine à démarrer, on est pris au piège de cette accumulation. Le roman se délie et s'apprécie après plus de 200 pages quand les choses évoluent un peu. Mais en comparaison des autres grands polars-thrillers que j'ai lu récemment ce livre du jeune français Aubenque ne vaut pas le coup...
On retrouve comme toujours un passage dans le passé où sera commis un meurtre abject, une vengeance prendra forme au fil des pages. Le flashback est une habitude dans les romans, parfois cela apporte un vrai plus, il y a un grand mystère dans le passé, mais j'ai trouvé trop de choses "banales", déjà lues et déjà vues beaucoup d'autres fois. Les tueurs en série psychopates, on en voit tellement au fil des rayonnages de thrillers.
Je réalise que je deviens difficile en matière de thriller-polars.
Il faut vraiment une idée nouvelle, ou un style d'écriture, ou un je-ne-sais-quoi de différent.
Ce roman est sans doute apprécié par de nombreux lecteurs, ceux qui aiment lire un peu des thrillers, mais pour les passionnés de polars, qui ont besoin d'un niveau supplémentaire à chaque lecture, n'y trouveront probablement pas leur compte.
Je vais plutôt me concentrer à lire les conseils lecture de mon libraire adoré...
Seul contre tous - Jeffrey Archer
Il suffit parfois de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment pour voir basculer le cours de sa vie...
Si Danny Cartwright avait demandé Beth Wilson en mariage un jour plus tôt, ou un jour plus tard, il n'aurait ainsi jamais pu être accusé du meurtre de son meilleur ami. Mais quand les quatre témoins de l'accusation sont un avocat, un acteur à succès, un aristocrate et le plus jeune associé d'une prestigieuse agence immobilière, qui pourrait bien croire à la version des faits d'un garagiste de l'East End ?
AU MAUVAIS ENDROIT, AU MAUVAIS MOMENT.
Danny est donc condamné à vingt-deux années d'emprisonnement dans le quartier de Haute sécurité de la prison de Belmarsh, duquel personne ne s'est jamais échappé. Seulement, ses adversaires ont tous sous-estimé le désir de revanche du jeune homme et la farouche détermination de sa fiancée à faire entendre justice
Ce roman qui a obtenu le prix Polar Internationnal 2009 ne m'a pas convaincu.
Il y a des gentils, des très gentils, des pas gentils, des très méchants...
Beaucoup d'argent.
Comme quoi l'argent fait peut-etre le bonheur ?
L'histoire et les rebondissements ont été parfois un peu gros pour moi, tout est trop facile. Meme la vie dans une prison au sud de Londres semble aussi tranquille que la vie des bisounours. Certes il y a des méchants qui rodent ! mais notre héros réussira toujours à s'en sortir avec l'aide des brillants avocats !
Un roman pour la plage, sans grande ambition, en comparaison des excellents livres que j'ai lu récemment ce roman de Jeffrey Archer ne fait pas le poids. Empruntez le à la médiathèque, ou achetez le d'occasion... Lisez le, il vous détendra. Les injustices dans le livre ne vous choqueront pas trop car tout finira bien comme vous pouvez l'imaginer dés le début du livre. Et encore mieux meme...
Une seule petite chose m'a surprise, je me serais attendu à voir naitre une histoire d'amour entre deux avocats, un homme et une femme... L'auteur n'a pas pensé peut-etre, ou bien n'a pas eu envie d'aller trop loin dans le gnangnan !
Je ne peux pas dire quoi que ce soit de l'intrigue où je vous en dévoilerai trop.
Bref une petite lecture, sans plus. Je ne vois pas trop comment il a pu obtenir un prix. Il faudrait étudier quels autres romans étaient nommés pour ce prix à l'époque.
Rafael, derniers jours - Gregory Mc Donald
Il est illettré, alcoolique, père de trois enfants, sans travail ni avenir. Il survit près d'une décharge publique, quelque part dans le sud-ouest des États-Unis. Mais l'Amérique ne l'a pas tout à fait oublié. Un inconnu, producteur de snuff films, lui propose un marché : sa vie contre trente mille dollars. Il s'appelle Rafael, et il n'a plus que trois jours à vivre...
Avec ce roman, Gregory Mcdonald n'a pas seulement sondé le cœur de la misère humaine, il lui a aussi donné un visage et une dignité.
Gregory Mc Donald, un écrivain que je ne connaissais pas...
Conseillé par un libraire à Toulouse, j'avais envie de lire des romans noirs assez sombre, un peu pour changer du genre classique des thrillers. Ici je n'ai pas été déçu, la noirceur du livre est bel et bien présente. La noirceur de cette vie misérable, au fond d'une décharge... Le soleil qui tape sur les têtes, les enfants qui jouent et crient et se battent dans la poussière. Les adultes qui boivent tout ce qu'ils peuvent trouver, bière, vodka principalement. Des adultes sans emplois, sans avenir, sans rien.
Ils n'ont qu'un seul objet qui puisse leur rapporter quelque chose : leur vie.
Rafael va vendre la sienne pour 30 000 dollars, pour un Snuff Movie où le but sera de souffrir pendant une heure, une effroyable torture devant la caméra, et se retrouver assassiné au final.
Ce roman sombre n'est pas malsain. La violence est plus psychologique, comment pouvons nous supporter que des êtres humains vivent dans cette situation, dans ce dénuement total. Cela fait penser aux campements que l'on voit de nos jours sur le bord des routes, des voies express, au bord des zones industrielles, les campements de roms, de gitans, on imagine que c'est la même société qui les a exclu, éloigné vers les décharges, où ils n'ont plus rien à faire que boire, voler... Où leur vie n'a plus aucune valeur...
Cette société qui conduit à cela est abjecte. Et nous vivons dedans... et nous fermons les yeux...
Johnny Depp a adapté ce roman en film. Je n'avais pas immédiatement fait le rapprochement, juste quelques indices m'avaient mis la puce à l'oreille. Il a réalisé ce film THE BRAVE (titre anglais du roman) en 1997, avec lui même dans le rôle principal et Marlon Brando ; un film qui m'avait paru très sombre et glauque, qui m'avait donné un drôle de goût en bouche. Ce qui n'est pas autant le cas dans le livre puisque nous pouvons faire nos propres images. La littérature souvent est moins aggressive à ce niveau.
Under the Dome - Stephen King
Le Dôme : personne n’y entre, personne n’en sort.
A la fin de l’automne, la petite ville de Chester Mill, dans le Maine, est inexplicablement et brutalement isolée du reste du monde par un champ de force invisible. Personne ne comprend ce qu’est ce dôme transparent, d’où il vient et quand – ou si – il partira. L’armée semble impuissante à ouvrir un passage tandis que les ressources à l’intérieur de Chester Mill se raréfient.
Big Jim Rennie, un politicien pourri jusqu’à l’os, voit tout de suite le bénéfice qu’il peut tirer de la situation, lui qui a toujours rêvé de mettre la ville sous sa coupe. Un nouvel ordre social régi par la terreur s’installe et la résistance s’organise autour de Dale Barbara, vétéran de l’Irak et chef cuistot fraîchement débarqué en ville…
Voici un véritable pavé.
En français l'édition est en deux tomes, un seul pour la version anglaise que j'ai lu. Ce roman de Stephen King m'a fait penser au début à l'adaptation au cinéma de la série Les Simpsons, lorsqu'ils se retrouvent enfermés sous un dôme. L'idée de base est la même, le résultat sera extrèmement différent.
Stephen King, aka le Maître du Suspense, prend le lecteur à la gorge dés les premières pages, un avion s'écrase sur un mur invisible, les deux passagers Claudette Sanders et son moniteur de pilotage Chuck décèdent immédiatement. Au même instant Dale Barbara, surnommé Barbie, souhaite quitter le plus vite possible une petite ville qui ne lui réussit pas, il fait du stop, une camionette passe mais ne s'arrête pas. Quelques minutes après, il découvre l'accident de l'avion...
Il se retrouve enfermé.
Comme tous les autres, les gentils comme les méchants.
Fermés, Isolés, Sans possibilité de recevoir de l'aide ou des ravitaillements, les habitants de Chester Mill se retrouvent livrés à eux même. Ceux qui ont le pouvoir vont souhaiter le garder par la force, et les autres seront obligés de se soumettre à leurs projets se rapprochant d'une dictature. Mettre encore plus de force de police en cas d'émeutes... Réquisitionner les magasins pour ravitailler eux mêmes, mais ces actes conduiront les habitants à se révolter, à piller les magasins... Et être emprisonnés sous le dôme les démoralisera, poussant certains à se suicider...
Ce dôme toujours là sans raison. Et Résistant à toute tentative du gouvernement américain.
S. King brosse ainsi le portrait d'une petite ville américaine, où les armes à feu en vente libre vont faire des ravages et ou l'enfermement va conduire à la folie destructrice... privés de toute liberté humaine ils seront des loups pour l'homme.
L'idée finale est très bonne, intéressante et ne m'a pas déçu, ce qui peut être le risque avec la science fiction. Stephen King est un auteur facile à lire en anglais, il y a certes beaucoup de personnages, mais pour une telle fresque cela était nécessaire. Monsieur King a même le talent d'utiliser des chiens comme narrateurs temporaires j'ai trouvé cette idée géniale.
Le livre sera probablement adapté en mini-série par DreamWorks (Spielberg)... On en reparlera je suis sur.

