L'aventure à chaque page.

01 mars 2012

Interview Cédric Bannel - Mars 2012

Cédric Bannel est l'auteur du livre L'HOMME DE KABOUL, écrivain de romans policiers et d'espionnage, il occupe également des fonctions de président de Canalblog.

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Bertrand/ Votre roman L'HOMME DE KABOUL détaille parfaitement la vie en Afghanistan, pouvez vous nous raconter votre vision de la vie dans ce pays lorsque vous l'avez visité ?

Cédric Bannel/ J’ai fait le tour du monde et visité un grand nombre de pays, tous très différents de la France, bien sûr, mais je crois n’avoir jamais senti un aussi grand éloignement culturel qu’en Afghanistan. L’importance du fait religieux dans la vie courante, la difficulté pour les femmes de s’extraire du carcan qui leur est imposé, et la manière très particulière des afghans d’envisager la vie en société, le rapport à l’autre, l’avenir tout simplement est un choc culturel immense. Par exemple, je n’ai jamais pu rencontrer, ni même dire bonjour, aux épouses de mes gardes du corps afghans. Quand je dinais ou prenais un verre chez eux, le plateau était déposé devant la porte du salon, et un homme allait le chercher. Croiser ne serait-ce que leur regard est quasiment impossible. De même la mort semble être une composante naturelle de la vie, on la côtoie tous les jours, et on n’en a pas aussi peur qu’en occident, il y a un fatalisme immense, plus grand que dans toutes les autres sociétés religieuses auxquelles j’ai été confronté.   

En même temps, et au-delà de ces différences, j’ai été frappé de la similitude dans d’autres domaines. L’émission télévisée la plus populaire, Afghan Star, est une sorte de Star académie à la mode afghane. Les jeunes en raffolent impossible de donner un RV à quelqu’un à Kaboul le soir où l’émission passe. J’ai rencontré des femmes éduquées, infirmières médecin, fonctionnaires, dont les préoccupations ne sont pas très éloignées de celles d’une française. Quand aux policiers dont j’ai partagé le quotidien, j’ai été frappé par leur dévouement et leur volonté de faire simplement et honnêtement leur travail, comme le ferait tout fonctionnaire français confronté à une situation difficile. En, bref, les afghans sont à la fois très éloignés et très proches de nous, c’est cette complexité que j’ai voulu en premier lieu retracer dans le livre.

Quels sont vos modèles en écriture, votre style fait penser à John le Carré. Avez vous des auteurs favoris ? 

Je suis un grand amateur de littérature policière, et j’aime énormément d’auteurs. Mes préférés sont David Morell, Ed Mc Bain, Daniel Silva, Stephen Hunter, Georges Pelecanos et Lee Child. Par contre, pour une raison que je ne m’explique pas, j’ai beaucoup de difficulté à entrer dans la littérature policière nordique. Mais mon auteur favori est un romancier beaucoup plus classique, Yasunari Kawabata.  

Quels sont vos sources d'inspiration ? 

Je m’inspire de l’actualité. J’ai eu la chance de travailler sur des sujets passionnants quand j’étais au service de l’Etat (la lutte contre le blanchiment d’argent sale, les sanctions financières internationales, le gel des avoirs libyens et irakiens) ce qui ma permis de travailler de l’intérieur sur des sujets qui ouvrent beaucoup de perspectives. Dès lors, j’essaye de construire des romans d’espionnage qui soient au plus près de la réalité, dans les personnages comme dans la trame romanesque, la manière d’intervenir des agences gouvernementales etc. En ce sens, mon travail est technique, dans la réalité, car j’ai pu me frotter professionnellement aux mondes et aux affaires que je décris. Dès lors, oui, on pourrait dire que je me situe dans la lignée d’un John Le carré, pour reprendre votre expression, mais à mon « petit niveau » évidemment.  

Etes vous un grand lecteur ? Pouvez vous nous recommander des livres qui vont ont plu ?

Je lis énormément car j’ai la chance d’avoir une mémoire photographique. Je peux lire un roman en 3 ou 4 heures, ce qui fait qu’en vacances, je peux aisément lire une dizaine de livres en une semaine. En moyenne, je pense que je dois lire environ 250 livres par an, un peu plus d’un tous les deux jours.

Les livres des auteurs que je citais plus haut sont de très bons livres et méritent qu’on les lisent. Toute l’œuvre de David Morell, notamment, est un modèle du genre.

  kaboul

Entrepreneur – Ecrivain voilà un duo surprenant, pouvez vous nous raconter un peu votre parcours, à quel moment vous avez eu envie d'écrire ? Qu'est ce qui vous attire dans ces deux univers bien différents ?

J’ai d’abord été fonctionnaire, et j’ai écrit mon premier roman alors que j’étais jeune énarque, diplomate à Londres. A l’époque, j’avais pas mal de temps libre et l’envie d’écrire m’a pris d’un coup, je dois dire que je n’avais jamais pensé écrire un livre avant de commencer. Les premières lignes ont été étonnement faciles et fluides, et j’ai écrit mon premier livre très rapidement.

Objectivement, il n’y a aucun lien entre mon activité professionnelle d’entrepreneur dans l’Internet et d’écrivain. Elles sont parfaitement étanches, je ne trouve aucune inspiration dans ma vie professionnelle.

Est ce que votre statut d'homme d'affaire a facilité la publication de vos premiers romans, aviez vous des contacts ou avez vous démarché les maisons d'édition comme n'importe quel jeune écrivain ?

Aucunement, à l’époque, j’avais 30 ans et j’étais fonctionnaire. Quand j’ai fini mon premier roman, je l’ai envoyé de Londres à Robert Laffont car j’étais un grand lecteur de la collection Best Sellers.  Ils m’ont répondu 10 jours après en me demandant de venir les voir ! Et j’ai signé le contrat dans la foulée....

Avec toutes vos activités, à quel moment écrivez vous ? Ecrivez-vous dans le silence ou avec de la musique ? Faites vous des fiches sur vos personnages ? Suivez vous un fil reprenant les grands moments de l'intrigue ? 

J’ai beaucoup de mal à écrire au fil de l’eau. Il me faut être complètement immergé dans le livre pour avancer. Souvent, je m’identifie complètement à mon personnage, et j’ai tendance à dire « je » quand je parle ou pense à lui. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut faire lorsqu’on est poursuivi par les tracas d’un travail quotidien, ce qui explique que je publie des livres de manière aussi irrégulière. Entre Elixir et l’Homme de Kaboul, il s’est écoulé 8 ans. Pour l’homme de Kaboul, j’ai profité d’un changement professionnel et passé plusieurs mois à ne faire que cela. Pour mon prochain roman, je vais essayer de prendre de longues vacances, pour m »y consacrer complètement.

Avez vous une position sur la loi Lang, concernant le prix de vente des livres en librairie ? Ou pensez vous en tant qu'entrepreneur et patron de groupes internet que l'avenir de la vente du livre réside dans les mains de grands groupes comme Amazon, qui en Angleterre peuvent fixer leurs prix ? 

Je suis favorable à la loi Lang, car il est indispensable de donner un avantage à nos libraires de quartiers, sans quoi ils seront écrasés par les grandes centrales des opérateurs industriels des médias. Les livres doivent, pour vivre, être « portés » par des ambassadeurs qui sont les libraires. En revanche, la stratégie qui consiste à  fixer un prix identique pour le livre électronique et le livre papier est à mon sens suicidaire. Un livre électronique est un produit complètement différent, qui devrait s’acheter 2 ou 3 euros. Le marché se segmentera naturellement entre livre papier et livre électronique.

Quel est votre regard sur les librairies ? 

C’est une profession en grande difficulté car quels que soient les talents des uns ou des autres, la progression du livre électronique vis-à-vis du livre papier est un mouvement irréversible. De même, le développement des outils numériques créent énormément de possibilités de divertissement, qui réduisent le temps disponible pour lire. Autrefois, seule la radio et la télévision étaient les concurrents du livre, aujourd’hui, le livre est en concurrence avec beaucoup d’autres occupations comme échanger sur Internet, s’occuper de son profil Facebook, aller sur des forums de discussion. On ne peut pas aller totalement contre les changements technologiques. Il faut que les libraires s’y adaptent, qu’ils aient leur propre listes de lectures, qu’ils aient leurs sites de libraire, dans lequel ils indiquent leur coup de cœur, les livres qu’ils aiment, ou ceux qu’ils détestent. Ceux qui seront capables de développer leur rôle de prescription, et de le populariser sur Internet ont un grand avenir devant eux. Les libraires qui ne pourront pas jouer un rôle reconnu de prescription auprès de ceux qui sont susceptibles de leur acheter des livres ont, en revanche, des jours difficiles devant eux.

En tant que président de Canalblog quel est votre regard sur les critiques de livres qu'un bloggeur peut faire, les voyez vous très différentes d'un journaliste ? Certains disent que les bloggeurs pourraient ne pas avoir la même intégrité que les journalistes en recevant des cadeaux... Mais est-il vraiment possible de mesurer le degré d'intégrité des journalistes ? 

Je trouve que le monde des bloggeurs est beaucoup plus professionnel que celui des media dits professionnel. D’abord parce que les bloggeurs lisent les livres, ce qui n’est pas toujours le cas, malheureusement, des journalistes dits littéraires. Par ailleurs, en France, on n’aime pas beaucoup les auteurs de romans policiers, suspectés de trop vendre de livres et de n’être pas assez littéraires. Et enfin, je remarque que les journalistes sont souvent plus enclins à parler de leurs collègues écrivains que de romanciers qui ne sont pas issus de leur profession… Je suis également frappé d’une évolution que je trouve très néfaste, dans les medias traditionnels. D’un côté, un certains nombre d’émissions ou de titres donnent la priorité systématique à des personnes faisant partie du monde médiatique, personnes qui « font » la une et dont les livres font l’objet de toutes les attentions : un auteur comme Beigbeder en est un exemple presque caricatural. A l’autre extrémité du spectre, d’autres titres ou journalistes ont une réticence face à tout auteur issus d’une maison d’édition jugée populaire et chercheront des ouvrages ou des auteurs très littéraires, et si possible clivants. Lorsqu’on se situe entre les deux, il est presque impossible d’être lu par les journalistes littéraires. Pour prendre mon cas, je dois dire que j’ai eu la chance d’avoir beaucoup de bons articles de presse, comme Libération par exemple, mais à l’inverse, j’ai été totalement ignoré par d’autres.

A l’inverse, les bloggeurs ont été hyper réactifs, très « pros » et très précis dans leurs commentaires de lecture. Quand à leur niveau d’intégrité, il est pour ce que j’ai pu en voir, total, notamment parce qu’ils font cela par passion.

elixir

Lors de la publication du livre L'homme de Kaboul vous avez fait participer un ensemble de bloggeurs pour en faire la promotion dont j'avais la chance de faire partie, aviez vous confié cela à une équipe de communication ou aviez vous eu l'idée vous même ?

C’était mon idée et il ne s’agissait pas de demander aux bloggeurs d’en faire la promotion. Nous avons envoyé le livre à une centaine d’entre eux, libres à eux d’en parler ou pas, et de dire ce qu’ils en pensaient, avec sincérité. Les critiques ont, dans l’ensemble, été très bonnes, voire excellentes, mais évidemment, quelques bloggeurs n’ont pas apprécié le livre et ne se sont pas privés pour le dire ! Toutefois, j’avais une grande confiance dans ce livre, je crois que c’est le meilleur que j’ai écris et même s’il n’est pas parfait, il n’a pas de gros défaut. Dès lors, je pressentais que la majorité des critiques seraient bonnes, ce qui a été le cas. A un certain moment, il faut faire confiance au livre, c’est son meilleur ambassadeur…

Que pensez vous des ebooks ? 

Ils vont se développer énormément ces prochaines années. A horizon d’une dizaine d’années, je pense que la moitié des livres vendus seront des e books. Pour les auteurs, ce sera un moyen de faire lire leurs ouvrages anciens, qui ne sont plus publiés en papier. L’économie des deux modes d’éditions sera très différente.  

Quels sont vos projets pour 2012 ? Avez vous d'autres projets de livres, pouvez vous nous en parler ?

J’ai plusieurs livres en tête, et du mal à décider lequel je mets en chantier en premier. A priori, mon prochain livre sera un policier plus classique que les livres d’espionnage que j’écris d’habitude. Il se déroulera dans un commissariat parisien.  


Merci à Cédric Bannel pour avoir répondu à nos questions.

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29 février 2012

Changements!

Le blog va prendre une tournure différente, j'ai décidé de laisser Canalblog un peu, et de déposer mes critiques de livres et les entretiens sur un autre site.

www.unartquotidien.wordpress.com

Je vous invite à venir me rendre visite, un blog qui me semble plus professionnel même si il n'a pas encore pris son rythme de croisière.

Je serai heureux d'avoir votre opinion sur cette autre interface.

Je ne sais pas encore ce que deviendra ce blog plus tard.

 

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La liste de mes envies - Grégoire Delacourt

9782709638180Jocelyne, dite Jo, rêvait d’être styliste à Paris. Elle est mercière à Arras. Elle aime les jolies silhouettes mais n’a pas tout à fait la taille mannequin. Elle aime les livres et écrit un blog de dentellières. Sa mère lui manque et toutes les six minutes son père, malade, oublie sa vie. Elle attendait le prince charmant et c’est Jocelyn, dit Jo, qui s’est présenté. Ils ont eu deux enfants, perdu un ange, et ce deuil a déréglé les choses entre eux. Jo (le mari) est devenu cruel et Jo (l’épouse) a courbé l’échine. Elle est restée. Son amour et sa patience ont eu raison de la méchanceté. Jusqu’au jour où, grâce aux voisines, les jolies jumelles de Coiff’Esthétique, 18.547.301€ lui tombent dessus. Ce jour-là, elle gagne beaucoup. Peut-être.

Ce roman de Grégoire Delacourt est un peu bijou, un petit trésor comme on peut en trouver dans une mercerie. Un trésor, oui, un roman humain, sensible, touchant. Émouvant. Jo et Jo, le couple de Arras va vous faire vivre une étonnante aventure littéraire.

Le style d'écriture de Grégoire Delacourt est vif, frais et vrai. Au début du roman, le lecteur est envouté par la qualité des tournures des phrases, des paragraphes entiers qui font virevolter les mots. Une langue française agréable, délicate. Les mots que Jocelyne écrit, viennent du cœur de cette femme de 47 ans, qui se décrit :

"On se ment toujours. Je sais bien, par exemple, que je ne suis pas jolie. Je n'ai pas des yeux bleus dans lesquels les hommes se contemplent ; dans lesquels ils ont envie de se noyer pour qu'on plonge les sauver. Je n'ai pas la taille mannequin ; je suis du genre pulpeuse, enrobée même."

Un peu plus loin, en parlant de sa fille :

"Nadine n'aime pas les mots. Elle parle très peu depuis qu'elle parle. Elle ne m'a jamais dit maman j'ai faim, par exemple. elle se levait et prenait alors quelque chose à manger. Jamais dit : fais-moi réciter mon poème, ma leçon, mes tables de multiplication. Elle gardait les mots en elle, comme s'ils étaient rares. Nous conjuguions le silence elle et moi : regards, gestes, soupirs en lieu et place de sujets, verbes, compléments."

Ce livre parle à tout le monde, qui, en effet, n'a jamais eu envie de gagner l'Euro-million, de devenir plus riche que riche... Que ferons nous alors de ce pactole, synonyme de nouveau départ ? L'auteur a commencé à dresser la vie de son héroïne avant de la faire gagner à la loterie, sa vie, que certains trouveront minable, sans projets, sans avenir lui plait, elle aime son mari, même si il a des mauvais cotés, elle ne souhaite pas que l'argent fasse son malheur. Elle craint de changer. De voir les gens autour d'elle changer. Devenir cupides...

Jo a envie de faire la liste de ses envies, de voir ce qu'elle désire, ce qu'elle rêve. Se sentir désirée... comment faire ? Un chèque de 18 547 301 ne pourra rien y faire ; être riche c'est tout voir moche, et vouloir tout changer dit-elle à plusieurs reprises.

Qu'est ce qui est le plus important ? L'écran plat ? La nouvelle prothèse mammaire pour attraper le regard des hommes ? Une Porsche ?

Le livre se lit très vite, se dévore même... On est pris par l'histoire, par ses personnages si crédibles, si attachants, on les voit exister.

Ayant entendu parler de ce livre à la radio, sur France Inter, ce roman sorti en février et écrit par Grégoire Delacourt, m'a vraiment plu. Seulement quelques bémols mais que je ne signalerai pas, et qui au final ne gâchent pas vraiment le plaisir d'avoir rencontré cette femme, mercière, 47 ans, un peu ronde, mais terriblement craquante et rafraichissante.

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28 février 2012

Deux petites filles en bleu - Mary Higgins Clark

higginsGoûter d'anniversaire chez les Frawley : on fête les trois ans des jumelles, Kelly et Kathy. Mais, le soir même, de retour d'un dîner, les parents sont accueillis par la police : les petites ont été kidnappées. Après avoir rassemblé les huit millions de dollars de la rançon, Steve et Margaret entrent en contact avec le ravisseur. Le jour de l'échange, cependant, seule Kelly est là. Qu'est-il advenu de Kathy ? Alors que tout espoir semble perdu, Kelly affirme que sa sœur est bien vivante, comme si les enfants communiquaient par télépathie...

Jamais, depuis Un cri dans la nuit, Mary Higgins Clark n'avait plongé le lecteur dans un tel cauchemar : celui des rapts d'enfants.

Une vraie déception.

Je n'ai pas été convaincu par ce livre, par le style d'écriture de Mary Higgins Clark qui devient prévisible et dont les courts chapitres ne présentent que peu d'intérêt, au niveau de la langue et de l'action. Les situations deviennent souvent rocambolesque, les personnages trop caricaturaux...

Mary Higgins Clark a une plume bien taillée, son expérience ne lui donne pas envie de se renouveler et du coup, ses livres se ressemblent dans la forme. Les phrases sont courtes, il y a peu de descriptions des lieux et des situations, mais ce qui me choque le plus c'est le manque d'enquête, tout va vite, il y a tellement de personnages que l'on n'a pas le temps de s'attacher aux "gentils" qu'on tourne déjà la page, on change de chapitre et on passe sur une nouvelle action, avec des personnages différents.

C'est tellement rapide de lire ce livre qu'on n'a même pas le temps de réfléchir et de penser à ce qu'on a lu. Comme après un mauvais film on ressort sans n'avoir rien à dire. Pas de commentaires. Pas de critiques constructives.

Je ne relirai probablement plus de livres de Mary Higgins Clark, sauf lorsqu'on me les offre (comme celui ci). Il y a un tel décallage entre certains auteurs, c'est incroyable. De Coben à Ellory il y a déjà un gouffre, et on retrouvera aussi ce gouffre entre Coben et Higgins Clark. Il y a plusieurs genre de romans policier, le simple, le facile, le "premier pas dans le monde de la police" le Higgins Clark, ensuite d'autres romans seront mieux fait, plus psychologiquement intéressant pour le lecteur, les plus récents Harlan Coben, puis l'apothéose du roman policier c'est lorsque l'enquête, les personnages, l'intrigue est tellement bien tissée, tellement bien ficelée que tout devient un plaisir, Ellory, John Hart, Hamilton et tant d'autres. Ceux qui arrivent à se renouveler à chaque livre. Ceux qui se remettent en question... Même si parfois ils ratent le coche, ils essaient, ils ne sont pas uniquement là pour faire tourner l'imprimerie.

Mary Higgins Clark a perdu beaucoup de son crédit avec ce livre. La Nuit du renard m'avait pourtant beaucoup plu... Sans doute elle n'a plus pensé à se mettre en danger après ce gros succès et est devenue l'écrivaine qu'elle est aujourd'hui, assez prévisible, manquant de peps et de trouvailles...

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26 février 2012

L'été de Cristal, 1er tome de La Trilogie Berlinoise - Philipp Kerr

trilogieVétéran du front turc et ancien policier, Bernie Gunther, trente-huit ans, est devenu détective privé, spécialisé dans la recherche des personnes disparues. Et le travail ne manque pas, à Berlin, durant cet été 1936 où les S.A., à la veille des jeux Olympiques, se chargent de rendre la ville accueillante aux touristes.
C'est cependant une mission un peu particulière que lui propose un puissant industriel, Hermann Six : ce dernier n'a plus à chercher sa fille, assassinée chez elle en même temps que son mari, mais les bijoux qui ont disparu du coffre-fort.
Bernie se met en chasse. Et cet été-là, l'ordre nouveau qui règne en Allemagne va se révéler à lui, faisant voler en éclats le peu d'illusions qui lui restent...

Considéré comme un des espoirs les plus prometteurs du roman policier anglais, Philip Kerr a reçu pour ce premier livre le Prix du roman d'aventures. 

Premier volet de cette trilogie, qui est ressortie avant la publication du nouveau volume, l'Hotel Adlon, nous fait vivre avec violence et intensité la vie en Allemagne dans les années 30...
Un pays en pleine transformation, dirigée par le Fuhrer Hitler, où les lois anti juives sont la règle désormais, où les opposants au régime sont envoyés en KZ (faut-il traduire par camp de concentration ou camp de travail... mais vous avez compris le principe...) où la Gestapo fouille la vie des individus, frappant, aggressant, menaçant... tout le monde...

Vous avez compris que cette période est sombre. On sait ce qui se passera dans les années suivantes. Le roman est violent, mais le personnage créé par Kerr est attachant. Il est l'observateur de cette société qui part à la dérive. Observateur et Détective, qui est souvent ammené à rechercher des personnes juives disparues, souvent celles ci se retrouveront au fond du canal ou dans les camps. Cette enquete sera riche en rebondissement, en violence, mais aussi en humour. Un humour glacial parfois... Bernie Gunther n'a pas sa langue dans sa poche meme en parlant avec des membres violents de la Gestapo ou des patrons d'entreprise peu scrupuleux...

Gunther est un homme qui aime les femmes, et les jolies formes... De nombreuses scènes sont savoureuses...

Les nombreuses recherches sur la vie dans Berlin en 36 montrent un réel souci documentaire de l'auteur britannique Philipp Kerr. On est porté par les mots qu'il écrit, choqué par les actions qu'il décrit. La haine de l'autre est devenue monnaie courante dans ce pays rempli de SS et de Nazi, faisant le salut hitlérien à chaque rencontre. Un pays où l'homme pour survivre doit se conformer à cela, perdant sa liberté de choix, c'est révoltant.

L'été de cristal est un bon livre, mais j'aurais besoin de quelques romans plus léger avant de repartir dans la lecture du deuxième volet, qui retracera les aventures de Gunther en 1938. Comme tous les romans noirs le style est particulier, difficile à décrire, oscillant entre violence, descriptions macabres et humour virevoltant... On pense aux grands auteurs de romans noirs américains des années 1970, parfois aussi un peu à Frederic Dard (en plus sérieux).

La trilogie Berlinoise est un livre à découvrir, à lire, à son rythme, pour se souvenir de cette époque, de ces dérives... Les mots d'un livre sont plus violents que les images d'un film, et meme si il y a de l'humour dans ce livre on n'en ressort pas vraiment indemne.

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17 février 2012

Malavita encore - Tonino Benacquista

9782070397006On retrouve ici les quatre héros de Malavita, l'inénarrable famille Blake. Repenti de la mafia new-yorkaise, Blake, rebaptisé Wayne, a obtenu la protection du FBI, et s'est installé en France avec les siens sous la surveillance tatillonne d'un ange gardien légèrement dépressif. L'ancien gangster a trouvé dans l'inépuisable réservoir d'anecdotes de sa première vie la matière de quelques thrillers à succès. Tout se passerait pour le mieux si la cellule familiale n'était pas emportée dans la tourmente des remises en cause existentielles... Les enfants traversent une adolescence compliquée, l'épouse fidèle a décidé de s'émanciper, et l'auteur de best-sellers, soudain seul face à lui-même, est en proie aux affres de la création littéraire. Des problèmes ordinaires, somme toute, pour une famille qui ne l'est pas... Ils seront résolus de la façon la plus diabolique et la plus hilarante qui soit.

Malavita encore...

Encore une fois nous voici plongé dans l'univers de la Mafia et de son repenti le plus célèbre Giovanni Manzoni.

Malavita encore... Encore ? Oui le premier a eu du succès, cette famille a plu à la france entière et son auteur Benacquista a pensé avoir assez de choses à dire sans se répeter.

Hum... au début, il radotte un peu... c'est vrai. Mais passé les 50-60 premières pages et que les actions du romans se mettent en place, on commence à prendre du plaisir. La famille Manzoni a toujours un talent pour se mettre dans de drôles de situations.

Le père, maintenant écrivain, deux livres à son actif, vit dans son monde, dans son passé et tente de trouver dans ses souvenirs de mafioso suffisament de choses pour fournir un livre...

La mère, fatiguée d'être mariée à un tel homme, prend son indépendance et ouvre un restaurant. Des problèmes vont arriver rapidement lorsque son commerce qui prendra un bel essort va susciter des jalousies...

La fille, Belle... va tomber amoureuse du seul homme qui ne veut pas l'aimer, ne croyant pas possible qu'un homme raté comme lui puisse être amoureux d'une fée, se refusant à l'amour... Belle aura du boulot pour le faire changer d'avis.

Le fils, lui aussi amoureux de Lena, amoureux fou. Au point de vouloir vivre dans la montagne avec elle. Mais que se passera-t-il quand la belle Lena voudra rencontrer ses parents ? La honte qu'il ressent en voyant son père violent... face à la pureté de Lena...

Et bien sur Tom Quint, l'agent du FBI, qui a toujours fort à faire pour contenir ce poison Manzoni.

Ce qui est amusant dans ce livre c'est que chaque membre de la tribue a sa propre histoire, sa propre aventure. Les chapitres sont rythmés et rapides, on va de l'un à l'autre, sans s'arrêter. Le style d'écriture de Benacquista est vif, celui de Manzoni lorsqu'il écrit ses romans, est sec, épuré... Sans fioritures. 

Il y a toujours beaucoup d'humour, le lecteur passe de grands moments de lecture lorsque Benacquista décrit le rapport de Fred face à la littérature, lorsqu'il essaie de lire un roman. Malavita encore est une suite agréable à lire. Ce n'est pas le chef d'oeuvre de la littérature mais on passe un bon moment.

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16 février 2012

Le livre de Johannes

9782353151394En août 2010, le cadavre décapité et écorché d’Efrahim Bond est retrouvé au musée Edgar Allan Poe de Richmond, Virginie. L’assassin a, par ailleurs, emporté sa peau. L’enquêtrice Felicia Stone s’aperçoit rapidement que peu avant sa mort, la victime avait envoyé un morceau de la reliure en cuir d’un livre pour analyse. Quand elle prend connaissance des résultats de celle-ci, elle ne doute plus que le meurtre soit lié à ce mystérieux ouvrage relié… en peau humaine.
L’auteur nous transporte alors cinq siècles en arrière, sur les traces de ce mystérieux manuscrit intitulé Le livre de Johannes qui décrit les observations du premier médecin de l’histoire pratiquant des autopsies. Selon la rumeur, le chirurgien ne se contentait pas de subtiliser des corps dans les cimetières mais fabriquait lui-même les cadavres indispensables à ses travaux !
Quelle fascination cette histoire séculaire exerce-t-elle sur l’assassin et pourquoi écorche-t-il chacune de ses proies, car Efrahim Bond n’est que la première victime d’une longue série ?

Le livre de Johannes est un mélange de genre.

Un livre qui se dévoile sous plusieurs couches, comme des peaux que l'on enlève. La première peau : Un thriller, ce mort retrouvé la tête dans la corbeille à papier et le corps dépecé comme un animal accroché à la statue de Edgar Allan Poe... La deuxième couche : se dévoilera en Norvège, la troisième : verra la présence d'un livre surprenant, fait à base de peau humaine qui remplaça pour l'auteur le cuir de veau, la quatrième couche... et ainsi de suite. Le livre est un petit bijou de personnages attachants et de moments clés...

L'inspectrice Felicia Stone, une jeune femme qui brille dans sa nouvelle carrière à la police de Richmond,

l'inspecteur Odd Singsaker, sauvé de justesse d'un cancer, qui reprend le travail un lundi matin et trouvera le cadavre le plus horrible de sa carrière,

un responsable de sécurité Jon Vatten au passé trouble et à la consommation d'alcool problématique,

des  bibliothécaires Siri, et Gunn Brita...

et tous les autres, des historiens, des archéologues...

C'est un roman sur les romans, sur des amoureux des livres qui se retrouvent embarqués dans une folle histoire.

L'enquête avance... le lecteur alterne les deux lieux, la Norvège et Richmond en Virginie, en même temps que les corps sont retrouvés, mutilés, déchiquetés... le lecteur comprend que les deux sont liés, mais comment les inspecteurs vont ils faire le rapprochement dans ces deux pays si éloignés et si différents... Ce sera à force d'acharnement, et grace à ces détails qui semblent si infimes que seuls les meilleurs inspecteurs trouvent la volonté de les affronter.

Le livre n'est pas seulement une simple enquête, non... il y a toute une partie historique, qui se passe au début du XVIe siècle, en Norvège puis dans l'Europe. On y suit un moine mendiant, qui va raconter son histoire particulière, il va cottoyer un barbier chirurgien et un médecin anatomiste.

Cette histoire fait froid dans le dos, une histoire où les corps sont découpés au scalpel, tout d'abord pour découvrir les origines de l'homme, le fonctionnement de son corps, puis quelques siècles plus tard, cette "découpe" sera le travail d'un psychopathe. D'où venons nous ? Comment sommes nous à l'intérieur ?

Ce premier roman de Jorgen Brekke est une réussite, je me suis laissé emporter par cette histoire, par ces personnages. Au début le changement de lieux et d'époque est un peu perturbant, mais on se laisse vite emporter par les mots de l'auteur. Par ses descriptions, parfois un peu macabres, par le mystère qu'on l'on ressent dans chaque individu car personne n'est lisse et tout le monde à ses secrets.

Un auteur à découvrir, à suivre... Quel genre de roman sera le suivant... Tombera t-il dans la facilité de se répéter ou réussira t-il à se renouveler si vite. Nous n'aurons pas besoin d'un "remake", d'un roman dans le même genre, un seul roman dans cet esprit là c'est suffisant, pas besoin de suivre la "Dan Brown touch"...

L'auteur précise à la fin que de nombreux détails sont inventés, et pourtant on avait envie d'y croire à ce Livre de Johannes, cette histoire mérite définitivement le détour.

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13 février 2012

Malavita - Tonino Benacquista

MalavitaUne famille américaine que rien ne distingue des autres, deux adultes et deux enfants d'une apparente banalité, une chienne baptisée Malavita d'une étonnante discrétion, un déménagement tout ce qu'il y a de plus ordinaire dans le petit village de Cholong-sur-Avre en Normandie, de nouveaux camarades d'école et une vie qui semble se dérouler sous les auspices de la sérénité, voilà pour le cadre du récit. À ceci près que la famille Blake ne correspond pas du tout à l'image qu'elle veut bien donner d'elle, que le père n'est pas un écrivain mais un ex-chef de clan de la mafia new-yorkaise retourné par les agents du FBI, et que la vie des Blake, soumise à la constante menace de représailles, n'est qu'une suite de fuites, de mensonges et de situations insensées. Fred, Maggie, Belle et Warren tentent, chacun de leur côté, de trouver un sens à leur existence dans cette petite bourgade sans attrait. Maggie épie les riverains sous le regard intrigué des fédéraux chargés de les protéger, Fred se prend contre toute attente pour un écrivain, Belle fait chavirer les cœurs et Warren devient le modèle de la jeune génération de Cholong. Jusqu'au jour où Don Mimino, le chef suprême des « cinq familles » de New York, retrouve inopinément leur trace…

Tonino Benacquista maîtrise plus que jamais l'art de tenir son lecteur en haleine. Ne délaissant ni les clins d'œil, ni les références, ni les réparties qui font mouche, il offre une comédie tout aussi savoureuse que rocambolesque qui emportera l'adhésion complice de ses admirateurs.

J'ai relu ce roman en quelques jours, je l'avais beaucoup aimé lors de la première lecture, découvrant l'univers littéraire de Tonino Benacquista que j'aimais voir en film, La boite noire, et L'outremangeur avec Cantona...

Ce court roman sur la mafia et la Normandie est un vrai bijou, un petit régal. L'auteur dessine le portrait d'une famille, l'humour et les situations cocasses font que ce roman se dévore comme un petit pain au lait.

J'avais, l'an dernier, essayé de lire la suite (Malavita Encore), mais finalement j'avais abandonné au bout de quelques pages, après avoir relu ce livre et découvert à nouveau cette jolie famille je vais essayer de prendre Malavita Encore à la bibliothèque.

Malavita c'est une vie de famille absolument pas comme les autres. Vivant un tel changement entre le luxe et la puissance de Newark ils en sont réduit maintenant à faire profil bas, sous peine de voir la Mafia venir se venger et les tuer, pour une bonne fois pour toute, se débarrasser de cette vermine de Giovanni Manzoni.

Certains situations de ce livre sont un peu aberrantes, on ne croit pas trop en la possibilité que ce petit journal du collège de Cholong puisse faire un tel voyage... mais qu'importe les quelques invraissemblances, on n'est pas là pour gacher son plaisir.

Benacquista nous emporte avec ses mots parfois crus et durs dans cette vie de mafioso, dans cette génération de truand... Les relations entre le G-Man (l'agent du FBI) et Manzoni sont tendus, ils ne se supportent pas et cela renforce le plaisir du livre et de cette fin décapatante. Manzoni ou plutôt Mr Fred Blake, écrivain, n'est pas un personnage attachant, il est "mauvais" le diable incarné, mais c'est pour ça qu'on a envie de le rencontrer encore dans Malavita Encore, pour voir comment ses enfants et sa femme vont réussir à prendre leurs libertés.

Comment vont-ils s'enfuir !

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03 février 2012

La vengeance des dieux, Tome 1 : Chasse à l'homme - Christian Jacq

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Le jour s'est levé depuis longtemps sur le Royaume du soleil. Et Kel, le jeune scribe, s'éveille à peine. Aux yeux de ses chefs, au Bureau des Interprètes, ce retard lui vaudra certainement une forte sanction - une bagatelle en comparaison du sort réservé à ses collègues plus ponctuels : car la mort a frappé et l'illustre Bureau ne compte pas un seul survivant. Pris de panique, le jeune homme s'enfuit, non sans emporter le papyrus crypté à l'origine de ce carnage... Pour les autorités, cela équivaut à signer son crime. Dans sa cavale, Kel n'aura d'autre choix que de décoder le manuscrit. Et déjouer le complot qui, en haut lieu, menace les valeurs ancestrales d'une Egypte livrée aux usurpateurs...

Après avoir ressenti de si belles émotions avec La Reine Soleil, je partais sur les traces de Kel avec une confiance presque sans limites, Christian Jacq m'avait bluffé avec La Reine Soleil, ici, il a joué avec une toute petite main et n'a pas remporté la mise.

Cette histoire, encore une fois située dans l'Egypte des Pharaons n'est pas assez riche en détails. Les nombreuses descriptions que l'on retrouvait dans La Reine Soleil sont bien maigre dans La Vengeance des Dieux. Kel, le jeune scribe, trop gentil, n'a pas assez de zones d'ombres ni de mystères. L'écriture est trop rapide, trop succinte. 

On n'a pas le temps de profiter de l'ambiance, des personnages, le roman est construit avec beaucoup trop de chapitres, en moyenne un chapitre fait deux trois pages. Trop de changements de lieux et de personnages... On se sent un peu comme dans un mauvais policier, où le héros réussit à éviter la police jusqu'au bout.

L'enquête n'intéresse pas assez, et les personnages non plus.

C'est bien malheureux car j'avais beaucoup aimé découvrir l'Egypte sous les mots de Jacq. L'autre problème de ce livre c'est qu'il comporte une suite, le tome 2... ce qui signifie qu'à la fin du livre nous ne connaissons pas le fin mot de l'histoire et on doit pour cela lire l'autre roman La Divine Adoratrice. Je trouve ce procédé un peu limite... Je le lirai, si son style change peut-être que j'aurais plaisir à nouveau de lire ses livres mais sinon... (Air menaçant...) J'arrêterai. 

Au final je pense que ce roman est un tout petit roman, de qualité bien moindre, que ses grandes séries sur Toutankhamon et les autres grands pharaons qui doivent être mieux écrit que celui ci... 

Comme s'il s'agissait d'un premier roman, comme si l'auteur ne maitrisait pas encore son sujet. 

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01 février 2012

Interview Xabi Molia - Février 2012

xabi molia 031011Bertrand/ 8 fois debout est un duo où les deux personnages se croisent, tous les deux paumés, d'entretiens en entretiens, de galères en galères, ce film est le reflet de notre société, où les “puissants” dominent les autres et où les plus pauvres n'en finissent plus de galérer. Voyez vous ce film comme un film politique, militant ?

Xabi Molia/ Un film est toujours politique, qu’on le veuille ou non. Bien sûr, je me méfie des films à thèse, dans lesquels il y a souvent plus de « vouloir-dire » que de cinéma. Si on veut lutter contre les inégalités dans le monde, pas sûr que le meilleur moyen d’y parvenir soit de prendre sa caméra. Mais je n’exclus pas pour autant, même si le terme fait un peu froid dans le dos, l’idée d’un film « militant » : s’efforcer de rendre visible quelque chose qui nous concerne tous, c’est militer à sa façon. Militer pour une image plutôt qu’une autre, militer pour faire exister un regard, pour une forme.

Pour un premier film vous avez pu vous entourer d'acteurs de grande classe, comment s'est passé la rencontre avec Denis Podalydes et Julie Gayet, ont-ils été vite convaincu par cette histoire humaine et sociale ? Ont-ils participé à la création de leurs personnages respectifs ?

Julie Gayet, je l’avais rencontrée sur un court-métrage que nous avions fait ensemble, et qui a été le point de départ de ce film. Le long-métrage, je l’ai écrit pour elle, à partir d’elle, et elle m’a aidé à préciser certains dialogues, à travailler en amont sur le rythme du film, en permutant certaines séquences, par exemple. Son investissement était total. Denis est arrivé un peu plus tard sur le projet, mais j’ai ajusté le scénario en fonction de lui, à partir de ce que je devinais de lui. Les acteurs recréent toujours leurs personnages, parce qu’ils se les approprient. Ce peut être accidentel ou délibéré, le fruit de discussions sur le plateau ou d’une trouvaille subite. Mais j’aime qu’ils me dépossèdent.

Le film fait penser aux frères Dardenne, ceux ci sont-ils une source d'inspiration ? Ou avez vous d'autres modèles ?

Oui, Rosetta m’a bien sûr inspiré. C’est un film très marquant, très fort, qu’on parle de la précarité ou pas. Je pense qu’il a compté pour beaucoup de spectateurs. Mais je n’ai pas la même sensibilité que les frères Dardenne, je ne marche pas du tout dans la même direction. Le court-métrage que nous avions fait avec Julie essayait de leur ressembler. C’était une erreur. La fantaisie que nous portons en nous, nous avons voulu qu’elle entre dans 8 fois debout. C’est donc un film assez peu « dardennien », au bout du compte.

Dans le film 8 fois debout, la forêt et la nature sont des éléments importants pour les deux personnages, Julie Gayet comme Denis Podalydes sortent de la ville pour entrer dans la forêt, quel sens vouliez vous donner à ce retour à la nature ?

Ce « retour » est d’abord une réalité sociale. De nombreuses personnes vivent aujourd’hui dans des forêts autour de Paris. C’est en un sens le lieu de la relégation ultime, de l’ « ensauvagement ». Mais c’est aussi, pour certains d’entre eux, une retraite, une zone de repli. Ils vivent à l’écart du regard des autres. À l’écart de la honte, peut-être. Dans le film, la forêt est donc un lieu paradoxal : Elsa s’y perd, mais elle s’y apaise, aussi.

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Il nous semble en tant que spectateur que la solution commune aux deux personnages serait d'avancer ensemble, de s'entraider, quel est votre position sur ce sujet ? N'avez vous pas l'impression que la société nous entraine vers toujours plus d'individualisme, de “solitude”, loin de l'idée de l'entraide et de la solidarité ? Que pouvons nous faire pour remédier à cela ?

Il y a dans le film un personnage qui dit qu’on veut nous faire croire que nous ne préoccupons pas les uns des autres, mais que c’est faux. Elle dit en revanche : « On est séparés, on nous a séparés. » L’individualisme est une tendance lourde aujourd’hui, mais peu d’entre nous veulent vraiment être seuls. Et peu d’entre nous sont vraiment insensibles au désespoir des autres. Alors je crois qu’il reste et qu’il restera une place pour du collectif. J’espère simplement qu’il sera de plus en plus fort et que d’autres que moi, plus courageux, plus radicaux, feront la révolution.

Le film est littéraire dans plusieurs points de vue, il est construit sous la forme de chapitres, quel a été le but de cette idée ? Avez vous une méthode différente entre l'écriture d'un livre et celle d'un scénario, sont ils très différents dés le départ ?

L’idée du chapitrage est venue assez tard dans l’élaboration du film. Mais je me méfie du « littéraire ». Un scénario, c’est fondamentalement un objet décevant, incomplet, en attente de cinéma pour se révéler pleinement. Et quand ce n’est pas le cas, je deviens méfiant. Un scénario brillant, ça risque de donner un film sans vie. Je suis venu au cinéma parce que j’y trouvais des possibilités d’expression qui n’existent pas ailleurs. Sans lui, certaines histoires ne pourraient tout simplement pas être racontées. À la limite, j’aurais aimé prendre un autre nom pour faire des films. Parce que c’est complètement différent, et que ça ne m’intéresse pas du tout de construire quelque chose de cohérent, avec des échos entre les films et les livres.

De quel genre de films êtes vous fan en tant que spectateur ?

Quand on aime le cinéma, on aime un peu tous les cinémas. Mes passions vont de Keaton à Kiarostami, en passant par Howard Hawks et Kurosawa. En ce moment, je suis fasciné par les films de super-héros, pleins de trouvailles visuelles, et j’ai beaucoup d’admiration pour le cinéma minimaliste de Kelly Reichardt. Wendy and Lucy, ça m’a bouleversé.

Enseignant en cinéma, quelle est votre spécialité ? Quels conseils donnez vous à vos étudiants lorsqu'ils souhaitent travailler dans le cinéma ?

J’enseigne l’histoire du cinéma, l’analyse de film et l’écriture de scénario à l’Université de Poitiers. Ça m’aide beaucoup, de donner des cours, ça me maintient en état d’alerte, et j’y suis très attaché. Aux étudiants qui veulent faire du cinéma, je conseille avant tout… de se lever tôt et d’être enthousiastes. À ceux qui veulent réaliser, d’avoir de vrais bonnes histoires à nous proposer, et donc de ne pas hésiter à faire appel à des scénaristes qui savent écrire des dialogues et structurer un récit si ce n’est pas leur fort.

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Avez vous longtemps désiré réaliser un film, cette envie était-elle présente avant l'envie d'écrire des livres ou bien sont elles complémentaires ? Pour ce film 8 fois debout aviez vous une importante équipe technique, le budget était-il important ?

Je ne sais pas très bien quand est-ce que j’ai eu envie de faire un film. J’ai commencé par écrire des scénarios, vers 17-18 ans, et progressivement je me suis dit que ça ne me suffisait pas, que les idées de mise en scène que j’avais eues en écrivant, il fallait que je m’y confronte.
Sur 8 fois debout, oui, nous étions très nombreux. Enfin, de mon point de vue : entre trente et quarante. Et pas une seule personne en trop, pourtant. Le budget était en dessous de 2 millions d’euros, ce qui classe le film dans la catégorie des petites productions. À quelqu’un d’extérieur, la somme peut malgré tout paraître énorme, et pourtant… Aujourd’hui, il faut une organisation quasi-militaire et des efforts financiers de tous pour fabriquer un film avec aussi peu d’argent.

Publier des romans était ce un premier palier avant le cinéma ?

Non. Ce sont deux activités complètement différentes. Je suis revenu au roman après le film et je continue d’avoir besoin des deux aujourd’hui. Si je devais vivre sans l’un ou sans l’autre, je ne sais pas comment je ferais. Je n’y arriverais pas.

Vous avez remporté trois fois le Prix du Jeune Écrivain francophone, que vous a apporté ces deux prix au début de votre carrière d'écrivain ?

Ce Prix m’a aidé à prendre conscience des exigences de la publication. C’était pour moi un rendez-vous régulier : chaque année, j’envoyais une ou deux nouvelles. Cela me donnait un objectif concret et raisonnable. Pour commencer, pour entrer peu à peu dans la discipline que demande une vie d’écriture, c’était parfait. Vraiment, ça a été une expérience décisive pour moi.

Avez vous dans le projet d'adapter au cinéma un de vos romans ?

Non, je n’aimerais pas du tout faire ça. D’abord, j’aurais l’impression de me répéter. Ensuite, de transporter une histoire faite pour la littérature dans un langage qui ne lui conviendra pas.

En plus de la littérature et du cinéma avez vous d'autres passions, d'autres centres d’intérêts ?

Oui. Je marche. J’écoute les gens dans les cafés. Je cuisine (pas spécialement bien, d’ailleurs, mais j’aime ça). Depuis quelques mois, j’essayais de décrocher du football, pour lequel j’ai une passion vraiment dévorante, mais Arte m’a proposé de faire un documentaire sur un club de banlieue, alors je vais replonger.

supplementDans le roman Supplément aux mondes inhabités, on retrouve un thème central, lié à celui du film, l'emploi, la capacité à trouver un emploi épanouissant qui nous rende heureux... Est ce un thème récurrent d'autres vos autres livres ?

C’est sans doute parce que je n’ai jamais travaillé dans une entreprise que j’éprouve une certaine fascination pour ce monde-là. Il faut dire aussi que l’éloge sans nuance de la « valeur travail », au cours des années 2000, m’a semblé d’une grande hypocrisie. L’idée qu’on s’épanouit au travail, que le travail donne un sens à notre vie, elle vient de gens qui n’ont bien souvent aucune idée de ce que sont la plupart des emplois qu’on vous propose (ou alors ils font semblant de ne pas savoir, ce qui est pire encore). L’épanouissement par le télémarketing… franchement ? Je n’en étais pas conscient sur le moment, mais j’ai sûrement fait pas de mal de choses sur le monde du travail en réaction à ce discours-là.

Les chapitres du livre Supplément aux mondes inhabités sont très surprenants, ils sont décroissant, comme un compte à rebours, comme si le lecteur allait droit vers l'explosion, comment expliquez vous ce jeu avec le nombre des chapitres ? Quel sens leur donnez vous ?

Souvent, une contrainte formelle permet de donner corps à un récit, de trouver le point d’entrée. L’histoire de Victor était celle d’une implacable dérive. Le principe du compte à rebours s’est imposé très vite.

D'ailleurs à la fin du livre les chapitres perdent un peu leur cohérence, ils s’entremêlent. Est ce pour déstabiliser le lecteur ? De jouer avec lui, vu qu'il s'attendait à une certaine logique...

Victor sombre dans la confusion. Le récit lui-même en porte donc la trace.

Que pensez vous de la situation du cinéma français, à l'heure où l'état souhaite plafonner l'aide à la création du CNC ?

Je crois que nous vivons un âge d’or au niveau de la créativité, mais je ne sais pas si beaucoup de gens s’en rendent compte. Tous les clichés sur le cinéma français, dépressif, ennuyeux, nombriliste… ça n’a jamais été aussi faux. Chaque année, il y a entre cinq et dix films français vraiment exceptionnels : on pensera peut-être que c’est peu, compte tenu du nombre de films produits. Mais, à l’échelle de notre histoire, c’est beaucoup. J’appartiens en plus à une génération très douée, des filles surtout : Rebecca Zlotowksi (Belle Épine), Céline Sciamma (Tomboy), Mia Hansen-Love (Tout est pardonné), j’aime beaucoup leur cinéma. C’est très enthousiasmant d’être entouré par leurs films, beaux, maîtrisés, inspirés.

Quelle est la place pour les jeunes auteurs dans la littérature française ?

Ce n’est pas terrible, franchement. On accorde un peu trop de place aux phraseurs faussement canailles, qui font un ou deux romans sur la jeunesse désenchantée, avant de s’apercevoir qu’ils n’ont plus rien à dire (ou bien c’est le public qui s’en aperçoit pour eux) et de se recycler en chroniqueur ou en communicant. Il y a vraiment un « type » du jeune écrivain en France, avec des attentes très particulières. Et pour ce type, il y a un public, des colonnes dans les journaux… La plupart du temps, je n’y fais pas attention, j’écris, je travaille et c’est tout. Mais parfois, je dois reconnaître que ça me consterne, et j’ai vraiment hâte d’être vieux. Quoique, le type du vieil écrivain français, un peu libertin, un peu réac, il est assez sinistre aussi. En fait, j’aurais voulu être danois.

Avez vous d'autres projets en cours, des nouveaux livres, ou un film, ou autre chose ? Pouvez vous nous en parler ?

Je tourne mon deuxième film de fiction cet été, Les Conquérants, avec Denis Podalydès, Mathieu Demy et des poneys volants. Et je viens de boucler un recueil de poèmes sur Nicolas Sarkozy. J’y travaille depuis 2007. Ça s’appelle Grandeur de S et ça sort début mars. Il était temps que ça s’arrête.

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24 janvier 2012

Les enfants de la Terre. Tome 2 : La Vallée des Chevaux - Jean M Auel

51P8MWBNG0LPassé la surprise et l'émerveillement suscités par Ayla, la jeune étrangère aux cheveux blonds qu'ils ont recueillie, les hommes du "clan de l'ours" ont pris peur de ses dons extraordinaires. Parce qu'elle prétend chasser comme les hommes, parce qu'elle sait rire et pleurer, éprouve des sentiments inconnus d'eux, parce qu'elle voudrait garder son enfant pour elle seule enfin, Ayla sera maudite et exilée.

"Pars à la recherche de ton peuple, lui a dit Iza la guérisseuse. Va vers le nord, retrouve ton clan et un compagnon."

Un long voyage solitaire commence, au bout duquel Ayla rencontre deux jeunes gens insouciants et aventureux. L'un d'eux est Jondalar. Comme elle, il est blond et ses yeux sont bleus.

Ce deuxième tome m'a plutôt déçu.

"passé la surprise et l'émerveillement" qu'on avait ressenti à la lecture du premier tome Le Clan de l'Ours des Cavernes, cette fois ci la magie prend moins. L'auteure a besoin de trop se répéter pour faire remonter les souvenirs de ses lecteurs (qui n'ont peut-être pas lu le livre avec aussi peu de temps d'attente que moi), et du coup les répétitions me gênaient, le livre devenait du coup trop lent. Pas assez d'action...

Ayla a du fuir son Clan, rejetée par le chef Broud, elle erre sans raison dans ce monde dangeureux. Elle va, seule, apprendre de nouvelles techniques de chasse, ou pour allumer le feu. Elle va croiser de nombreux animaux, pour les manger, ou les soigner ou les "adopter". Ayla est toujours autant attirante mais on veut que le livre avance pour qu'elle rencontre son compagnon.

Le compagnon, on le suit en alternance, chapitre par chapitre, il s'appelle Jondalar, blond, les yeux bleux, cet homme est un faiseur d'outils et un faiseur de femme. Ce qui signifie que dans sa Caverne il initie les femmes au Plaisir. Il est accompagné par son frère Thonolan, qui va rencontrer une femme, et les deux frères vont avoir des projets plus sédentaires jusqu'à ce que le destin les conduise à nouveau sur la route, en direction de la grande mer.

Le livre se concentre donc sur ces deux portraits croisés Ayla - Jondalar, on attend le moment où il vont enfin se rencontrer. On attend cela plus de 400 pages... Un peu long... On attend aussi l'initiation au Plaisir pour Ayla (jusqu'à la 640è page...) ! L'auteure Jean M Auel a su nous faire attendre, cette fin du livre est terriblement séduisante.

Jusqu'alors Jean M Auel nous a raconté de sa plume alerte et vive la vie de ces communautés qui nous semble si loin et qui pourtant commencent à agir de plus en plus comme nous. Le dressage des chevaux, les vêtements plus ressemblants, les croyances, les actes sexuels moins bestiaux...

Ayla va se heurter à Jondalar, leurs deux vies et leurs cultures sont diamétralement opposées. Ayla élevé par un Clan de "têtes plates", Néandertalien, tandis que Jondalar est "Cro-Magnon", qui plus tard deviendra l'homme d'aujourd'hui. Le peuple de Jondalar méprise l'autre, qu'ils considèrent comme des animaux. Lorsque Ayla avec toutes ses connaissances va se confier à Jondalar, il devra remettre en question beaucoup de ses principes. C'est une histoire d'amour qu'on lit, et on s'en rend compte très vite.

De l'émotion, mais un peu trop de longueur dans ce livre. J'attendrai encore un peu avant de repartir à l'âge du feu...

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19 janvier 2012

Interview Alexis Aubenque - Janvier 2012

Alexis Aubenque, auteur français de polar et de science fiction, sort en ce moment son nouveau roman Charité bien ordonnée.
Découvrez son interview :

AubenqueBertrand/ De Libraire à Auteur, quel a été le déclic, si il y a en eu un, pour que vous décidiez de passer de l'autre coté ? Ou bien avez vous toujours écrit, et proposé vos manuscrits ?

Alexis Aubenque/ En fait, j’ai commencé à écrire à l’âge de 24 ans, durant mon service militaire, juste après mes études. J’étais en manque de lecture, et par simple bravade, je me suis amusé sur l’ordinateur de l’armée à taper une histoire, et à mon grand étonnement j’ai écrit un roman ! Après celui-ci, j’en ai écrit quatre autres avant de monter à Paris, et c’est par hasard et par chance que j’ai eu le poste de libraire à la Fnac Saint-Lazare, qui m’a bien aidé pour rencontrer les éditeurs par la suite

Si vous avez proposé des manuscrits, et qu'ils ont été refusés dans le passé, avez vous modifié quelque chose dans votre style, ou dans vos histoires, pour qu'ils soient cette fois ci acceptés ?

Oui, et j’ajouterai que même depuis que je suis édité, j’essaye de faire de mieux en mieux. Mais c’est vrai qu’il y a un monde entre mes premiers écrits non publiés, et ce que je peux faire à présent. Ne serait-ce que sur le côté technique de narration et de construction d’un récit. En science-fiction, j’étais le roi du Grand N’importe Quoi ( dit le GNQ) , j’adorais ça (Robert Howard, Edgar R. Burroughs, étant pour moi les grands maitres du Grand N’importe Quoi !), mais depuis que je suis en polar, je me suis astreint à une rigueur bien plus conséquente.
 
Comment se passe la relation d'un auteur avec son éditeur, vous conseille t-il, souhaite t-il modifier certains passages avec votre accord ? Pour un lecteur cette relation entre auteur et éditeur paraît mystérieuse, pouvez vous nous expliquer un peu comment cela se passe ?

En fait, c’est une question d’alchimie, et il est clair que je ne pourrai jamais travailler avec quelqu’un qui n’aime pas mon travail. L’auteur a besoin de se sentir épaulé, soutenu. Le travail d’écriture est tellement épuisant qu’il est bon d’avoir le soutien de son éditeur.
Pour parler du délicat travail des corrections, un bon éditeur sait toujours vous amener à vous remettre en question sans vous blesser, ni vous rabaisser, il doit savoir tirer le meilleur de vous-même, et les auteurs ne demandent que ça. C’est un vrai travail qui doit se faire en totale confiance et sérénité. J’ai toujours accepté les critiques de mes éditeurs, à partir du moment qu’elles m’étaient expliquées avec intelligence et pédagogie.



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La trilogie River Falls

Quel est votre regard (en tant que libraire et auteur) sur la production littéraire française au niveau du roman noir, du thriller, du polar ? Beaucoup d'auteurs dans ce milieu, ne ressentez vous pas qu'il puisse y avoir un risque d'overdose, que la quantité n’entraîne pas forcément la qualité ?

En tant qu’ancien libraire, il est clair qu’il y a une surproduction qui est nuisible à l’ensemble des auteurs car, il n’y a pas assez de place pour les mettre tous en avant dans les librairies et surtout on n’a pas le temps de les lire tous, et de fait on passe très certainement à côté de nombreux petits bijoux.
Mais de l’autre côté, en tant qu’auteur, il serait aberrant d’interdire à des écrivains en herbe de tenter leur chance, et de les censurer sous prétexte qu’il y a déjà trop de monde dans la place.
Tout romancier doit avoir selon moi , la chance d’avoir un jour son livre face au public.
La question de savoir : « si la quantité va au dépend de la qualité », n’aurait de sens si l’on parlait d’un seul auteur qui écrirait dix livres dans l’année, mais chaque auteur écrit son livre indépendamment des autres et le travaillera de la même façon, qu’il y ait mille ou dix millions d’autres auteurs à ses côtés, en plus Simenon écrivait ses livres en une semaine et pourtant il me semble que la pléiade n’a pas fait sa fine bouche

Quels sont vos auteurs préférés, quel genre de livres aimez vous lire ?

Mes auteurs préférés sont : Franck Herbert et Dan Simmons pour la science fiction, et James Ellroy pour le polar.
Les genres que je préfère étant de fait la science fiction et le polar, étonnant non ?

Avez vous une routine en matière d'écriture, êtes vous plutôt du matin ou du soir ? Travaillez vous dans le silence ou avec de la musique ?

Je travaille surtout le soir, et toujours en musique (musique de film, ou musique instrumental).

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Pour écrire votre trilogie sur River Falls, qui est un lieu inventé si je ne me trompe pas, avez vous souvent voyagé en Amérique du Nord pour vous familiariser avec la psychologie des personnages ? Des techniques d'investigation ? De la géographie des lieux ? Ou faites vous vos recherches directement par internet ?

Malheureusement, je n’ai pas les moyens pour passer du temps aux USA, et j’ai donc du passer des heures sur google pour apprendre tout un tas de truc sur les USA. Quant à la psychologie des personnages, les américains sont des occidentaux judéo-chrétiens, et de fait très proche de nous, et je pars du principe qu’ils ont peu ou prou les mêmes schéma mentaux, un peu plus accentués par leur dévotion religieuse et leur patriotisme plus poussée que chez nous les européens. (Il suffit de voir la campagne américaine pour s’en rendre compte en ce moment).

Pourquoi de nombreux auteurs, français ou britanniques, utilisent, selon vous, les Etats Unis comme le cadre de leurs romans ? Ne pouvez pas faire les mêmes histoires en France ? Qu'est ce qui vous attire dans ce pays ?

Pour moi, c’est avant tout l’exotisme, les Etats-Unis et leurs grands espaces me font rêver, alors que la France me déprime.
Cela dit, si l’on regarde la production des auteurs français, plus des trois quart au moins se passent en France. Donc ce n’est qu’une petite minorité qui écrit des polars qui se passent aux USA.

Quant aux britanniques, pour eux, c’est juste pour être publiés sur le marché américain. Les américains ne lisent que des livres qui se passent chez, le mot « traduction » n’a aucun sens chez eux ! (Allez dans une librairie aux USA, vous serez surpris par la petitesse du rayon livre d’auteurs étrangers).

Y a t il une demande spécifique des éditeurs ou des lecteurs pour une littérature de plus en plus noire ? La télévision et les séries américaines poussent-elles les auteurs à plus de noirceur ? Aller vers toujours plus de surenchère au niveau de la violence ?

Pour ma part, mon premier thriller n’était pas très violent, du moins de mon point de vue, et à chaque roman je m’en éloigne, et pour le coup « Charité bien ordonnée » n’a presque plus une goute de sang. En plus, je ne suis pas d’accord avec vous, les dernières séries télé à la mode, NCIS, Bones, Mentalist, Castle, sont bien plus légères que leurs ainés.
En même temps, il est vrai que le Noir reste une référence dans le milieu du polar, et c’est vrai que les éditeurs sont fascinés par le sordide, mais ça je n’ai jamais compris pourquoi, il faudrait les interroger sur un divan peut-être !


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Avez vous eu des contacts avec le monde du cinéma pour une adaptation d'un de vos romans ? Seriez vous intéressé par une collaboration au scénario ou laisseriez vous cela aux scénaristes ?

J’ai des contacts avec des producteurs, mais il y a un monde entre avoir des contacts et faire une série télé. J’en rêve, et j’adorerais travailler sur des scénarii, mais bon, c’est un autre métier et chaque chose en son temps.

Quel est votre principale source d'inspiration ? Utilisez vous des faits divers dans des journaux ?

Mon inspiration est simplement mon imaginaire qui est le fruit de la digestion des milliers de livres que j’ai lu.
Je n’utilise pas à proprement parlé les faits divers des journaux, mais depuis trois romans, je me sers de sujets de sociétés pour élaborer mes histoire : homophobie, intolérance religieuse, ultralibéralisme contre altermondialiste, ainsi que mères porteuses et adoption pour le prochain Logan.

Certains auteurs ne veulent pas entendre parler de série, d'autres comme vous notamment utilisent les mêmes personnages pour des romans successifs ? Trouvez vous que cela permet d'avoir plus de profondeur dans la psychologie des personnages ? Ne craignez vous pas de devoir vous répéter souvent pour le lecteur qui ne connaît pas la série mais ce qui gênerait le lecteur fidèle ? Quel est le juste milieu à trouver ?
Avez vous d'autres projets à River Falls ?

Chaque auteur voit midi à sa porte, et je serais bien prétentieux de porter un jugement sur mes collègues, mais pour ma part, je suis dans ce qu’il me semble être le juste milieu, c'est-à-dire qu’un côté je suis des personnages récurrents qui évoluent au fil de l’histoire et en même temps je rajoute de nouveaux héros pour ne pas me lasser et avoir l’impression d’écrire toujours la meme chose.

Et effectivement, une suite est prévue à River Falls, cela sera très certainement après le troisième volume des Nuits Noires à Seattle, Logan devra revenir dans cette ville pour mettre un terme aux agissement d’un psychopathe redoutable…, mais bon celui-ci il est prévu pour 2014 !

Quels sont vos conseils lecture du moment, en tant que passionné de livres ?
etat de guerrechute de monde
Pour cette rentrée, j'ai deux coup de cœur, « L’apparence de la chair » de Gilles Caillot, et « les Fantômes du Delta » d’Aurelien Molas que j’ai eu la chance de lire en avant première. En plus ce sont deux amis, mais avant de crier au copinage, sachez que je n’ai que des amis hyper-talentueux.

Aimez vous rencontrer les lecteurs lors des dédicaces ? Quels sont les questions qui reviennent le plus fréquemment de la part des lecteurs ?

J’adore ça, et les phrases qui reviennent le plus sont : je croyais que vous étiez américain ! Vous avez vécu longtemps là-bas ? Est-ce que vous écrirez un jour l’histoire du docteur Clevender (l’homme qui a essayé de tuer mon héroïne!), et la réponse est 2014 !

Quels conseils pourriez vous donner pour de jeunes auteurs qui souhaitent écrire des romans noirs ? Quels sont les risques à éviter ?

Il n’y a aucune méthode ou règle pour réussir un bon polar, il faut juste avoir ça en soit, ce désir de raconter une histoire.
Je n’aurais alors qu’un conseil : tenir bon contre vents et marées, de faire fi des jaloux et des aigris, n’écouter que les personnes solaire, et oublier les médisances. L’édition est un monde sans pitié ou les auteurs ne sont que des pions, et les éditeurs les joueurs.
Cela dit, ca vaut quand même le coup de tenter l’aventure car pour celui qui réussit à passer toutes les embûches, le plaisir est immense que de savoir que nos livres se trouvent dans les mains de milliers de personnes.
On se sent tout de suite moins seul...

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16 janvier 2012

Interview Nicolas Ferran - Janvier 2012

Affiche_Amoureux_Film

NICOLAS FERRAN EST LE REALISATEUR DU FILM LES AMOUREUX AU BAN PUBLIC

Relisez la critique de Cinecritick.

Vous rencontrez l'homme (ou la femme) de votre vie, vous décidez après quelques temps de vous marier. Vous déposez les bans à la mairie. Quelques jours ou semaines plus tard, la PAF sonne chez vous. (PAF Police aux Frontières)

On vous enlève votre futur époux(se) et on le conduit de force dans un fourgon.

Après un enfermement il sera renvoyé chez lui.

Ah oui, n'oublions pas de préciser, l'homme ou la femme de votre vie est né dans un pays Hors UE...

Ce qui signifie que l'amour, le vrai, ne peut en aucun cas exister.

Il ne peut être que question de mariage blanc ou de mariage gris*

Le film de Nicolas Ferran va permettre de découvrir cet abjecte situation, celle où l'état fouille la vie privée des gens, sous prétexte que l'un des deux époux est né ailleurs qu'en France. Une fouille systématique, les courriers, les sms, les mails, les appels téléphoniques... Ils inspectent les appartement, à la recherche de deux brosses à dents dans la salle de bains. Des interpellations mensongèrent où les agents de police se font passer pour des facteurs livrant un chronopost ou des colporteurs...

L'individu n'est plus libre. Privé de sa liberté d'aimer. Les français(e)s sont bafoués de leurs droits, considérés comme des idiots qui se laissent manipuler, considérés... ou plutôt... pas considérés du tout... On leur dit "vous n'avez pas réussi à trouver un français ? un vrai ? on n'est pas assez bien pour vous ?"

Les forces de l'ordre s'introduisent dans la vie des gens avec des questions indiscrètes. Les français sont interrogés plusieurs heures de suite, souvent, à répétition. Pris au piège de ce cycle infernal, la moindre erreur est fatale. "Quoi ? Vous ne vous souvenez plus du lieu de votre rencontre, du nom de cette papéterie où vous vous rendiez toutes les semaines ?" Le moindre faux pas entrainera une sanction immédiate...

Et un juge doit analyser l'authenticité du mariage.

Dans le meilleur des cas, où le mariage est reconnu, l'administration prend son temps pour délivrer l'acte de mariage, le visa, le titre de séjour. Plusieurs mois voire des années d'attente pour ces couples mixtes. Une attente qui favorise dans bien des cas la séparation des couples, avec l'éloignement... -car l'un des deux vit en France et l'autre, n'ayant pas droit de rester en France avec son époux(se)-. Ne pouvant vivre ensemble... loin des yeux loin du coeur... 

Où l'on voit que l'Etat dans toute sa splendeur utilise des subterfuges pour empecher le mariage mixte. Le contraindre au maximum.

Ce film montre l'état affligeant dans lequel la société française s'est enfoncé. Une situation inacceptable où l'amour n'existe pas, est renié... Où il est forcément question d'abus, de mauvaises intentions... 

Liberté Egalité Fraternité... que cela semble loin dans cette société.

 

*Mariage gris : le nouveau terme inventé par le gouvernement pour parler de mariage où un des deux époux n'est pas sincère et souhaite uniquement se marier pour obtenir les papiers, l'autre de son coté pense avoir trouvé le vrai amour.

INTERVIEW

 

banpublic

Bertrand/ Quel est votre parcours personnel ?

Nicolas Ferran/ J'ai interrompu des études de droit et d'histoire en 1996 pour devenir objecteur de conscience* pendant deux ans au sein de la Cimade, une association de défense des droits des étrangers. J'ai par la suite repris des études et obtenu un doctorat en droit tout en continuant en parrallèle à travailler pour la Cimade. Depuis janvier 2011, je suis Responsable juridique à l'Observatoire international des prisons.

LogoCimade

site internet de La Cimade cliquez sur le logo

Bertrand/ Pouvez vous nous parler du mouvement des Amoureux au ban public que vous avez créé en 2007 ?

Nicolas Ferran/ Les Amoureux au ban public sont nés en juin 2007 à Montpellier. J'étais alors salarié de la Cimade qui a accepté que je me consacre à plein temps à ce projet. Nous recevions dans nos permenances juridiques beaucoup de couples franco-étrangers qui rencontraient d'énormes difficultés pour se marier ou vivre réunis en France, qui subissaient de plein fouet des lois sur l'immigration et des pratiques administratives qui n'ont cessé de se durcir depuis une dizaine d'années (pour un bilan des politiques mis en oeuvre à l'égard des couples franco-étrangers, voir le rapport que nous avons publié en 2008 : cliquez ici).

Le projet des Amoureux au ban public n'était pas simplement d'organiser la défense des couples franco-étrangers par le biais de permanences juridiques spécialisées. Je souhaitais également, et peut être surtout, que ce mouvement devienne pour ces couples un lieu d'engagement politique, un espace de mobilisation collective pour la défense de leurs droits. En quelques mois, les Amoureux au ban public sont devenus un mouvement national, implanté dans une vingtaine de villes en France grâce au soutien apporté par la Cimade. Les collectifs locaux ont progressivement été pris en main par des couples franco-étrangers engagés dans la durée, et malgré la faiblesse de nos moyens financiers, le mouvement s'est stabilisé et s'est durablement inscrit dans le paysage associatif et militant français.

Les Amoureux au ban public assurent donc un travail de conseil et de défense juridiques auprès des couples qui les contactent et organisent des actions de mobilisation collectives dans certains dossiers (manifestations, pétitions, etc...). Ils mènent par ailleurs de nombreuses actions d'information et de sensibilisation auprès des médias, de l'opinion publique ou des responsables politiques.

Bertrand/ A quel moment vous êtes vous senti proche de ces personnes et avez vous eu envie de lancer ce mouvement ?

Nicolas Ferran/ Je ne pourrai pas dater ce moment précisément... Cela faisait un certain temps que j'y pensais. Non seulement car je recevais régulièrement des couples franco-étrangers dans les permenances de la cimade, mais aussi car il y avait un vrai déficit d'information et de mobilisation sur cette question... Bien sur, le fait de rencontrer ces couples, de devenir ami avec beaucoup d'entre eux a joué dans la création du mouvement. Mais ma démarche était avant tout politique et non « sentimentale ». Je voulais faire en sorte que les problèmes qu'ils rencontrent deviennent un sujet de débat public et qu'il disposent d'une structure leur permettant de se battre collectivement pour leurs droits. En outre, la question des couples franco-étrangers me paraissait très importante sur un plan plus général car elle permet de montrer très concrêtement que la politique d'immigration n'est pas dirigée que contre les étrangers mais aussi contre les Français(es) qui ont des liens familiaux ou sentimentaux avec des étrangers. En ce sens, les Amoureux au ban public sont donc au coeur d'une mobilisation qui décloisonne la critique des politiques d'immigration, qui montre que ces politiques s'attaquent à la société dans son ensemble.

Bertrand/ A quel moment avec vous eu l'idée de faire un film avec ces témoins ?

Nicolas Ferran/ L'idée de faire un film m'est venue dès les premières semaines d'existence des Amoureux au ban public même si je n'avais jamais fait ce type de travail auparavant et que je ne savais donc pas trop comment m'y prendre. Le film que je voulais alors faire était cependant différent de celui qui existe aujourd'hui. Mon projet initial était de faire un film sur le basculement de ces couples, qui pour la grande majorité n'avaient pas de passé militant, dans une mobilisation collective. Qu'est ce qui fait que des personnes victimes d'injustices décident de se réunir pour défendre leurs droits, comment s'engagent elles et comment vivent elles cet engagement, etc... Mais au bout de quelques semaines de tournage, et après avoir visionné les premiers rush, j'ai abandonné cette orientation car je me suis aperçu que j'étais tout le temps à l'image, que j'étais le personnage principal du film que j'étais en train de tourner en raison de ma place centrale dans l'animation du mouvement, l'accompagnement des collectifs naissants, l'oganisation des premières actions, etc... J'aivais l'impression de faire un film sur moi, et cela me dérangeait énormément !! J'ai donc choisi de me concentrer exclusivement sur le témoignage des couples et sur ce dont ils avaient spontanément et avant tout envie de parler, c'est-à-dire leur vécu des politiques actuelles de contrôle des mariages et d'immigration.

Bertrand/ Lorsqu'on voit le film on a un puissant malaise, on n'imaginait pas que la société française se conduisait ainsi, l'expression : "les hommes naissent libre et égaux" serait-elle devenue un mythe inaccessible ?

Nicolas Ferran/ C'est moins la société française que les politiques qui sont mises en place, et les discours qui les accompagnent et les justifient, qui maltraitent les couples franco-étrangers. Non pas que ces couples ne rencontrent pas en société des situations de racisme ou de discrimination biensur. Mais la violence institutionnelle et administrative qu'ils subissent est sans doute la plus destructrice. C'est en tout cas de cette seule violence dont traite le film. Quant au fait que « les hommes naissent libres et égaux », je ne crois pas que cette formule se soit un jour pleinement traduite dans les faits... disons qu'il y a des périodes où ces principes de liberté et d'égalité sont particulièrement malmenés...

Bertrand/ Que ressentez vous en lisant les mots "liberté égalité fraternité" sur le fronton des bâtiments administratifs lorsque vous accompagnez des couples mixtes en attente de jugement ?

Nicolas Ferran/ La liberté, l'égalité et la fraternité ne sont jamais acquises et ne sont avant tout que des mots auxquels il faut donner une consistance... C'est un combat de tous les jours, qui dépassent les situations individuelles, et mieux vaut pour cela être réunis et organisés...

Bertrand/ Pourquoi la société actuelle ne peut plus considérer qu'un mariage entre une personne étrangère et une personne française soit un mariage d'amour ?

Nicolas Ferran/ Si cette idée est répandue, c'est qu'elle est entretenue par les pouvoirs publics et par certains hommes politiques pour justifier les politiques répressives conduites, voire convaincre qu'il faut qu'elles soient plus répressives encore. Le mariage avec un(e) Français(e) ouvre des droits aux étrangers en matière d'entrée et de séjour en France. Or, depuis quelques années, le gouvernement affiche sans ambiguité son désir de réduire l'immigration qu'il appelle « subie », dans laquelle il a rangé l'immigration familiale. Mais expliquer clairement aux citoyens français qu'ils ne pourront pas se marier facilement avec un étranger, ou qu'ils ne pourront pas vivre avec lui en France est politiquement compliqué.... C'est donc là qu'on agite régulièrement le spectre des mariages « blancs » pour justifier le durcissement des lois. Ce durcissement, nous dit-on, ne serait pas la traduction d'une politique hostile aux couples franco-étrangers mais une nécessité pour lutter contre la fraude au mariage. Les droits des étrangers mariés à des français dans le domaine du séjour en France ou de la nationalité ont été considérablement restreints pour décourager la fraude... ça c'est le discours officiel. L'objectif en réalité poursuivi est de réduire le nombre de mariages et de titres de séjour délivrés aux étrangers conjoints de français.... Et au quotidien, ce sont l'ensemble des couples franco-étrangers qui subissent les effets dramatiques des politiques conduites. Pour finir, qu'entend on par mariage d'amour ? Qu'est ce que l'Amour ? Amour et intérêt sont ils inconciliables ? Comment contrôle t'on que des personnes s'aiment vraiment ? On rentre là dans quelque chose d'impalpable et de terriblement dangereux car ce contrôle ne peut être qu'empreint d'arbitraire...

Bertrand/ Pensez vous utiliser les élections de mai 2012 pour faire pression sur les candidats pour demander une amélioration de la condition des couples mixtes ?

Nicolas Ferran/ Les Amoureux au ban public vont interpeller tous les candidats pour leur demander de se positionner sur des revendications que nous avons définies pour améliorer la condition juridique des couples franco-étrangers et faire cesser le harcèlement administratif subi par un certain nombre d'entre eux... Cela dit, les promesses n'engagent que ceux qui les croient et nous savons que beaucoup de promesses peuvent être faîtes en période électorale... La sortie du film est pour nous un outil de sensibilisation des politiques, des médias et de l'opinion publique beaucoup plus efficace mais qui produira ses effets, s'il en produit, à plus long terme.

Bertrand/ Le film tourne dans toute la France, plusieurs collectifs le portent, quels sont les réactions ?

Nicolas Ferran/ Les réactions du public sont pour le moment très bonnes, je veux dire par là que le film suscite ce que j'espérai : des débats, de l'indignation, de l'émotion, des envies d'engagement dans le mouvement. Mais il n'y a eu jusqu'à présent qu'une dizaine de projections publiques et il est donc encore vraiment trop tôt pour savoir quel sera l'impact du film, l'ampleur du soutien qu'il pourrait susciter autour de la mobilisation des Amoureux au ban public, ses effets sur l'opinion publique et sur les discours politiques.... on verra dans quelques mois, et cela dépendra notamment du nombre de projections publiques que nous arriverons à organiser et des retombées médiatiques autour du film.

Bertrand/ Ce documentaire vous a t-il donné envie de continuer dans la réalisation ?

Nicolas Ferran/ Oui ! Mais... J'ai réalisé ce film dans un contexte très particulier et privilégié, qui n'est souvent pas celui d'un réalisateur « classique ». J'étais totalement immergé dans le mouvement des Amoureux au ban public pour l'avoir initié et animé pendant plusieurs années, les couples que j'ai filmé sont aussi des couples que j'ai défendus face à l'administration, accompagnés ou conseillés dans les moments difficiles, avec lequels j'avais souvent des liens d'amitiés. Le temps de la caméra n'était qu'un petit moment dans la relation que j'avais avec eux. Je n'ai donc pas fait intrusion dans leur vie pour faire le film et leur parole n'en a été que plus facile à obtenir... Est ce que je saurai faire un film, dans un contexte différent ? Rien n'est moins sûr... Et puis, la question du temps se pose également, mes nouvelles fonctions au sein de l'observatoire international des prisons étant très prenantes... L'envie est donc là, pour le reste l'avenir le dira...

Bertrand/ Avez vous reçu des offres de la part de chaines de télévision pour la diffusion plus large du film ?

Nicolas Ferran/ Non, pas encore... Mais des contacts ont été pris.

Bertrand/ Avez vous reçu le soutien de producteurs/distributeurs ?

Nicolas Ferran/ Non, mais je n'en ai pas vraiment cherché... Quand j'ai commencé à tourner, j'ai pris quelques contacts et les réponses ont été que le projet était intéressant mais qu'on ne pouvait pas me donner de réponse tout de suite, qu'il fallait que je remplisse des dossiers, etc... Or, je ne voulais pas attendre, j'avais « la matière » sous la main, je ne voulais rien perdre des opportunités de tournage qui se présentaient sans arrêt ! Le temps du film n'était pas celui des dossiers. J'ai donc très rapidement décidé d'autropoduire le film. Cela a été possible financièrement car j'ai bénéficié de la participation bénévole de plusieurs ami(e)s pour les prises de vue, le montage, le mixage, la musique, etc... J'en profite d'ailleurs pour les remercier à nouveau ici. Par la suite, je n'ai pas relancé ces contacts et je n'en ai pas cherché d'autres. Quelle était la situation de départ ? je suis un illustre inconnu dans le monde de la réalisation et mon film a sans doute les défauts de cette inexpérience. Les conditions de tournage et de prises de son n'ont pas toujours été excellentes … et je voulais maîtriser la réalisation et le montage en toute liberté... Autant dire que si un producteur avait été tout de même partant pour m'accompagner sur ce projet, il n'aurait pas forcément investi beaucoup d'argent, notamment pour le distribuer dans de nombreuses salles. J'ai donc décidé de miser, au moins dans un premier temps, sur le côté totalement indépendant du film et sensibiliser le réseau associatif pour m'aider à le faire exister, à le faire voir le plus largement possible. Et c'est ce qui est en train de se produire. Une vingtaine de projections sont déjà prévues dans plusieurs villes et beaucoup d'autres sont en cours de calage. Le fait de ne pas avoir de producteur me permet en outre de ne pas demander de droits de diffusions, ce qui facilite l'organisation de projections par le réseau associatif souvent en manque de moyens financiers. Et nous avons obtenu le soutien de certaines structures de diffusion, comme les cinémas Utopia qui vont projeter le film. Si ce dernier marche bien dans ce premier réseau, qu'il « aura fait ses preuves », la question d'une diffusion plus large, par un distributeur qui accepterait le film tel qu'il est, se reposera sans doute.

Bertrand/ En tant que citoyens que pouvons nous faire pour agir contre la situation que décrit votre film ?

Nicolas Ferran/ Il y a deux niveaux de réponse à cette question. La première, la plus prosaïque, est l'aide qui peut être apportée aux Amoureux au ban public pour les aider à poursuivre leur combat. Parler du mouvement et de sa mobilisation, s'engager en son sein, le soutenir financièrement, et biensûr acheter un DVD (qui peut être commandé sur le site du film : www.amoureuxauban.net/film) et le faire voir autour de soi ou en organisant une projection publique (pour cela écrire à amoureuxlefilm@gmail.com). Sinon, que peut-on faire en tant que citoyen pour faire cesser les atteintes aux droits des couples franco-étrangers, et plus largement pour s'opposer à la politique répressive dans le domaine de l'immigration, et plus largement aux orientations liberticides des politiques menées dans tous les domaines de la vie sociale ? Comme l'écrivait récemment Stéphane Hessel : Indignez vous ! Et je rajouterai Engagez-vous !

*Les objecteurs de conscience étaient des personnes qui refusaient de faire le service militaire



Merci à Nicolas Ferran pour avoir répondu à ces questions...

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14 janvier 2012

Le coeur d'une autre - Tatiana de Rosnay

coeurBruce, un quadragénaire divorcé, un peu ours, un rien misogyne, est sauvé in extremis par une greffe cardiaque. Après l’opération, sa personnalité, son comportement, ses goûts changent de façon surprenante. Il ignore encore que son nouveau coeur est celui d’une femme. Mais quand ce coeur s’emballe avec frénésie devant les tableaux d’un maître de la Renaissance italienne, Bruce veut comprendre. Qui était son donneur ? Quelle avait été sa vie ? Des palais austères de Toscane aux sommets laiteux des Grisons, Bruce mène l’enquête. Lorsqu’il découvrira la vérité, il ne sera plus jamais le même…

Tatiana de Rosnay (auteur de Elle s'appelait Sarah, Boomerand et Rose) nous embarque dans une histoire de coeur, une histoire d'amour. Mais pas seulement.

"J'avais les habitudes lugubres d'une vieille fille ; ces vieilles filles velues à bouillottes qui se parlent seules à voix basse, qui portent des chaussettes de laine pour dormir et leur Damart même quand il fait chaud. Rien de tragique, pourrait-on dire. Rien d'extraordinaire. Cependant - Hélas ! -, il s'avère que je suis un homme."

Une histoire d'homme qui changera sous l'impulsion des nouveaux batements de son coeur, un homme bourru, mysogine, terne qui va devenir subitement différent. Découvrant la peinture lors d'un voyage à Florence avec son fils, il ressentira une émotion toute particulière devant l'oeuvre de Paolo Uccelo, son coeur palpitera, l'essouflant...

A la poursuite de la découverte de son donneur qui lui a sauvé la vie, Bruce ira en Italie, puis en Suisse pour finir ce que son donneur avait commencé. Un peu de fantastique dans ce roman absolument envoutant.

Comme certains romans qui utilisent l'âme d'un livre pour faire revivre son auteur, ici c'est le coeur de Bruce, son nouveau coeur, qui servira de mémoire, qui sera la clé pour comprendre le passé.

C'est le premier roman de Tatiana de Rosnay que je lis et j'ai beaucoup aimé son style, une écriture fluide qui fait la part belle aux descriptions des sentiments, mais sans en faire trop. Ce roman qui est relativement court se lit vite, on est pris par cette histoire et amusé du changement d'un homme. Il y a de l'humour, de l'amour, du mystère...

Certains passages peuvent faire penser un peu à des cartes postales, on ne croit pas trop au réalisme de l'histoire, cela semble un peu trop surnaturel mais on se laisse embarquer.

Petit roman qui se consomme sans modération...

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13 janvier 2012

Victoria et les Staveney - Dorris Lessing

staveneyVictoria n'a jamais oublié sa rencontre, à l'âge de neuf ans, avec une riche famille blanche, les Staveney.
Ce souvenir entêtant la poussera, des années plus tard, à entamer une liaison avec leur fils, Thomas. De cette histoire naîtra Mary, petite fille à la peau claire et au sourire radieux. En adoration devant l'enfant, les Staveney proposent de l'accueillir chez eux de plus en plus souvent. Victoria, toute à la réalisation de la chance que représenterait une telle éducation pour sa fille, n'imagine pas quelles conséquences aura sa décision.

La grande dame des lettres anglaises revient sur ses thèmes de prédilection : le racisme, l'hypocrisie, l'ambition. Un regard sans concession et d'une incroyable modernité sur notre époque.

Ce petit roman retranscrit la vie de Victoria, jolie fille noire des quartiers malfammés de Londres, qui réussira grace à l'aide de ses proches à sortir de sa conditio,, à trouver des emplois dans des quartiers chics, jouant parfois sur son physique. Alors âgée de 19 ans, elle va retrouver Thomas, le fils Staveney chez qui elle avait passé une nuit lorsqu'elle avait 9 ans. Cette nuit l'aura marqué pour toujours, rêvant d'avoir son propre espace dans une maison qu'elle devait alors partager, avoir sa propre chambre... Elle ne comprenait pas avec ses yeux de petite fille comment une famille pouvait vivre dans une si grande maison alors qu'elle vivait dans un tout petit appartement avec sa tante.

La différence entre les blancs et les noirs dans la société anglaise, est très bien décrite par Doris Lessing, une grande auteure britannique. Dans ses livres elle combat souvent le racisme, avec des idées engagées elle réussit à nous faire vivre cette histoire qui se passe sur plus de 15 ans.

15 ans en 125 pages, il y a beaucoup d'ellypses, de raccourcis. L'auteure se concentre sur certains détails, sur certaines expériences qui auront marqué Victoria enfant, puis adolescente, avant qu'elle ne rencontre Thomas et que sa vie bascule à nouveau.

Les personnages évoluent, comme tout le monde au fil d'une vie, Edward le grand frère protecteur deviendra distant... Thomas le petit frère timide et réservé prendra de l'assurance et vivra une plus grande liberté.

Victoria et les Staveney est un film sur l'importance de naître "du bon coté", sur les injustices entre riches et pauvres. Un roman engagé qui ne laisse pas indifférent. Court mais intense, la vie de Victoria est vécue, elle ne pourra plus changer grand chose dorénavant, mais celle de sa fille, Mary pourra encore basculer. Elle pourra avoir droit à une chance, même si cela va l'ammener à affronter des combats plus durs encore que ceux de sa mère...

Posté par ameliebertrand à 12:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]